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Assia El Ouadie
1949-2012
C’est le nombre d’années qu’un
mauvais fonctionnaire met à gravir
l’échelle des salaires, contre 26 pour
un moyen et 21 pour un bon, selon
une analyse rapportée par Challenge.
Adieu dame au grand cœur !
« Mama Assia », comme on aimait la prénommer, était membre de la Fondation
Mohammed VI pour la réinsertion des détenus et du Conseil consultatif des droits
de l’Homme. Une résistante comme on aimerait en voir un peu plus souvent. A
l’âge de 4 ans, au début des années 1950, elle rendait déjà visite à ses parents
embastillés dans les geôles du protectorat.
A ceux qui ignorent le nom d’Assia El Ouadie, Aînée d’une fratrie nombreuse (neuf frères et
sachez que cette femme courageuse et dotée sœurs), Assia El Ouadie, mère de deux enfants,
d’une énergie incroyable, que nous avons rencon- ne pouvait déroger à la règle de conduite de sa
trée à plusieurs occasions, a eu un parcours famille. Ce n’est donc pas un hasard si, après
extraordinaire. avoir longtemps milité pour les droits des femmes,
Assia était une militante, une femme de cœur. Elle notamment des victimes de violences, elle s’est
portait en elle l’idéal d’un monde meilleur chevillé efforcée, durant sa vie, d’améliorer les conditions
au corps. C’était une combattante, une femme d’incarcération des jeunes détenus.
sensible qui ne quittait son sourire que pour Juriste de formation, elle était magistrate au
convaincre avec force, pour défendre ce à quoi parquet du tribunal de première instance de BUGARACH
elle croyait. C’est donc un hommage que nous Casablanca de 1971 à 1980. Après un stage
souhaitons lui rendre dans ce billet. Qui était cette à l’Ecole Nationale de la Magistrature à Paris, SE PRÉPARE À LA FIN
femme? Quel était son parcours? elle avait intégré le barreau de Settat, avant de DU MONDE
Assia El Ouadie faisait partie d’une famille de rejoindre celui de Casablanca où elle avait exercé
militants. Touria Sekkat, sa mère, institutrice et jusqu’en 2000, année durant laquelle elle avait Bugarach, un village français situé dans l’Aude,
femme de lettres, était une ardente militante du réintégré la magistrature au sein de l’Adminis- sera interdit au public à partir du 21 décembre
parti de l’USFP. Avec d’autres, elle fonde l’aile tration pénitentiaire. Elle s’occupait ainsi de trois prochain. La raison ? Une rumeur née des
féminine du parti, prône l’ouverture sur la société centres de réforme et rééducation pour jeunes écrits de l’écrivain Jean d’Argoun, fanatique de
civile et œuvre pour un travail étroit avec toutes mineurs à Casablanca, Settat et Salé. l’ésotérisme, qui a estimé dans les années 1960
les organisations féministes démocratiques maro- Cofondatrice de l’Observatoire des prisons, que la région constituait un « garage à OVNI ».
caines. Le père d’Assia, Mohamed El Ouadie El membre de la Fondation Mohammed VI pour la Si bien que le village serait épargné par la fin du
Assafi , fut une grande fi gure de l’opposition et un réinsertion des détenus, de l’Association des amis monde annoncée par les Mayas à cette date. Pour
grand poète. Il était adhérent à Union socialiste des centres de réforme de l’Organisation maro- éviter une affluence ce jour-là, un dispositif de
des forces populaires (anciennement UNFP) et a caine des droits de l’Homme, de l’Association sécurité sera mis en place pour filtrer les visiteurs
été incarcéré en 1973. Cette blessure n’est pas du centre d’écoute et d’orientation pour femmes qui y chercheraient refuge.
encore refermée que surviend l’arrestation et la battues et du Conseil consultatif des droits de
mise au secret de ses trois frères et sœur, Asma, l’Homme, elle se battait sur tous les fronts, avec
Salah et Aziz, en 1974. une conviction empreinte de chaleur humaine, de
Le frère d’Assia, Salah El Ouadie, fervent militant, mansuétude et d’engagement.
s’est engagé très jeune dans le mouvement du Avant son décès, Assia El Ouadie a tiré une
23 Mars, un groupe clandestin d’extrême gauche. dernière salve en participant à la préparation de
Condamné à 22 ans de prison et libéré dix ans l’enquête du CNDH sur les prisons. La maladie
après, en 1984, il s’investit sur le terrain associatif ne lui a malheureusement pas laissé le temps
et fi gure parmi les fondateurs de l’Organisation d’en apprécier les conclusions.
marocaine des droits de l’Homme (OMDH) en
1988 et du Forum Vérité et Justice en 1999. Il rejoint A Dieu nous appartenons, à Dieu nous
ensuite le Parti authenticité et modernité (PAM). retournerons. Au revoir Assia !
1 VH magazine Décembre 2012

