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le monde aussi par une telle attitude qui Cela peut même avoir un je ne sais quoi
ne demande aucune approbation. «Que tu de plaisant pour peu que l’on ait un peu
m’apprécies ou pas, cela ne m’intéresse d’humour inné.
pas. Que tu m’aimes ou pas, je m’en fi che.
Que tu penses du bien ou du mal de moi, Proust disait cette phrase si juste : «Nous
ça aussi me laisse de marbre », voilà en ne savons jamais si nous ne sommes pas
substance un des credo de cette catégorie en train de manquer notre vie». Pour
humaine. Ces personnes naviguent sans ces limaces qui suintent et s’immiscent
accros dans le monde et laissent derrière dans la vie des autres, à coup sûr vous
elles une nuée de jaloux, d’envieux, d’hy- avez raté votre vie puisque vous voulez
pocrites, de médisants, de colporteurs vivre celles des autres, sans le pouvoir.
et de délateurs de tous poils. Et dans un Et vous vous mettez à détester les autres
pays comme le Maroc où le mensonge sur parce qu’ils vous échappent, n’entrent
le dos des autres et la calomnie gratuite, pas dans ce petit moule médiocre qui
bâtie sur des pathologies ataviques sont vous sert de modèle de jugement. Ce
monnaie courante, ce type de personnage que ces gens perdent de vue dans
est souvent lynché en privé. On se lâche leur haine viscérale de tout ce qui leur
comme une horde de bâtards assoiffés de échappe est que : «Si les choses étaient
barbaque pour le saigner à blanc, mais toujours ce qu’elles paraissent, comme
CARTON
CHRONIQUE
CHRONIQUE
ROUGE «
PAR ABDELHAK NAJIB
BANDE D’HYPOCRITES
l y a de ces personnages qui à distance. Car, en sa présence, même l’imagination de l’homme s’en trouverait
marquent. Leur façon d’être, leur les pires ennemies affichent leur faux appauvrie!», comme l’a précisé Durrell
phrasé, le choix de leur entourage, sourire doublé de leur fausse amitié. On dans son sublime Quatuor d’Alexandrie.
Ileurs idées, leurs principes, ce le dénigre, on dit beaucoup de mal du Dans ce cas précis, comme les détrac-
qu’ils pensent, comment ils le pensent personnage, on lui invente une autre vie teurs manquent cruellement d’imagina-
et surtout la manière dont ils le déclinent qui cadre avec le mal que l’on débite au tion, ils perdent doublement. D’un côté,
en mots et en logique. Généralement, ce kilo à son propos. la réalité leur file entre les doigts. De
sont là des personnes qui sont en règle l’autre, leur cruauté larvée à l’égard des
avec elles-mêmes. Et peu importe le Cioran avait trouvé le mot juste pour personnes libres, les aveugle tellement
drapeau qui fl otte sur leur tête, comme décrire cet état : « Si l’on pouvait se voir qu’ils finissent par tirer dans tous les
le disait ce cher Henri Miller. Elles disent avec les yeux des autres, on disparaîtrait sens et apportent alors la preuve qu’ils
ce qu’elles pensent et elles pensent ce sur le champ ». Avant d’ajouter que «la sont d’une morbidité contagieuse et qu’il
qu’elles disent. Elles sont à l’aise partout lâcheté rend subtil», sauf que c’est une faut les fuir comme la peste. Parce que
parce qu’elles ne nourrissent ni envie, subtilité de façade qui très vite, s’écroule conclut l’auteur de Justine : «Il y a des
ni jalousie et se suffisent de ce qu’elles et laisse voir au-delà de la crasse, qui natures dans ce monde qui sont vouées
ont et ce qu’elles sont. Elles peuvent se est évidente, cette indigence des mina- à l’autodestruction, et pour celles-là il
payer le luxe d’être directes, franches, bles qui vivent en esquivant leur véritable est inutile d’en appeler à des arguments
sans détours. Ces personnes font chier être: juste être des cons et l’assumer. rationnels.» Amen.
98 VH magazine Août/Septembre 2017

