Page 101 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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CULTISSIMO  I I  Peinture









































                                                L’ŒUVRE





                      UNE LUMIÈRE ÉBLOUISSANTE





                  « Après avoir habité Paris avec son perpétuel   Si Azouaou Mammeri et Edy Legrand. Ses   lignes nettes et précises, un dépouillement
                  mouvement et sa brume, songez combien   complices femmes se nomment Marguerite   des paysages, rien de clinquant ni de
                  j’ai été éblouie et étonnée en arrivant en   Delorme et Odette Bruneau.  surchargé. Malgré le temps écoulé, on dirait
                  Afrique… Je me suis habituée à l’éclatante   Ses œuvres s’arrachent au fi ls des ans.   que ces toiles viennent d’être exécutées, tant
                  lumière, je ne pourrais plus vivre à Paris »,   L’ensemble qui nous est donné à voir au cours   elles sont vivantes.
                  déclarait Geneviève Barrier à une journaliste   de l’exposition de Rabat, bien que minime,   Geneviève, tout en dessinant et peignant, tient
                  en 1933. Et où peut-elle admirer cette   nous renseigne sur une palette originale.   son journal. A lire les fragments reproduits
                  lumière jusqu’à l’extase, sinon dans le désert ?   Croquis, huiles, pastels, des technique mixtes   dans le livre, on est étonné par son sens de
                  Le silence, les mirages, l’infi ni, la vérité nue.   avec une prédilection pour la tempera, cette   l’observation. En ethnologue, à son insu, elle
                  Sur les traces d’autres artistes et écrivains,   peinture à l’œuf chère aux maîtres anciens,   décrit minutieusement les scènes de la vie
                  elle sillonne ces contrées, dessine tout le   qui « restitue avec souplesse, les veloutés   quotidienne dans le Haut Atlas ou le Sahara.
                  temps, même juchée sur un dromadaire.    infi nis entrevus dans le désert. Elle en avait   Mais quand elle publie des textes dans
                  Ses premières créations sont saluées par   capté les jaillissements magiques dans les   les revues telles qu’« Eve », c’est le lyrisme
                  une presse unanime. Geneviève devient   pochardes exécutées entre 1926 et 1927 »,   qui prédomine : « l’eau du thé chante et le
                  « le » peintre du désert. Les expositions se   note le spécialiste Maurice Arama. Quant   couscous cuit, tandis que de la plus haute
                  succèdent de 1926 à 1960 au Maroc et à   aux thèmes, si le désert domine, on admire   terrasse la voix du muezzin, dans la nuit qui
                  l’étranger (Tunis, Marseille, Paris, Bruxelles,   des portraits vivants, des natures mortes   vient, annonce à tous la fi n du jour ». Maurice
                  Naples), décrochant éloges,  encouragements   et des bouquets de fl eurs, l’une de ses   Privat, dont elle a dessiné la couverture du
                  et prix. Elle rejoint le groupe des peintres   grandes passions. L’ensemble est exécuté   livre, « Venus au Maroc », publié en 1934, a
                  étrangers au Maroc, les Majorelle, Maurice   avec exactitude, fi délité et surtout, respect   raison d’écrire qu’« à défaut d’être peintre elle
                  Tranchant de Lunel, Gabriel Rousseau, Jean   de l’Autre. Hostile aux effets convenus,   aurait pu sans conteste être écrivain ». Parmi
                  Baldoui, Jean Hainaut, Jules-Henri Derche…   l’artiste est loin des œuvres réalisées à partir   ses lectures de chevet, les œuvres d’Isabelle
                  qui lancèrent le groupe Kasbah en 1923.   de photos pour vanter le pittoresque et le   Eberhart, son modèle, la complice qu’elle ne
                  Elle expose en compagnie d’Henry Pontoy,   folklorique chers à la peinture coloniale. Des   cesse de citer dans son journal.



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