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CULTISSIMO I I Art
SAÂD BEN CHEFFAJ
CELUI QUI SAIT Saâd Ben Cheffaj.
« BOUSCULER LES ÂMES »
« L’oeil oublie quand l’âme garde. Je ne cherche pas à fl atter
le regard : je veux bousculer l’âme, la mettre à mal. » Ces
phrases de Sâad Ben Cheffaj, qui fi gurent en ouverture
du somptueux livre signé Bouthaïna Azami, ont valeur de
manifeste. Celui d’un artiste qui jamais n’a cédé aux modes
de l’instant ou à la tentation de la « joliesse ». L’ ouvrage,
sobrement intitulé Saâd Ben Cheffaj, a vu le jour grâce au
travail colossal réalisé par Aïcha Amor et Aziz Daki, de la
galerie d’art L’Atelier 21. Il a un très grand mérite : celui de
ne pas être un simple catalogue d’oeuvres, mais de retracer
le parcours humain et artistique du peintre, dans toute sa
complexité.
Pour Saâd Ben Cheffaj, tout remonte à l’enfance. Sa
muse revendiquée n’est autre que sa ville de Tétouan, cité
cosmopolite et envoûtante, sa lumière, son ciel, sa mer et
ses couleurs. « Finalement, l’homme est bien de terre et de
pierre et de bleu ciel et d’encre marine », écrit Bouthaïna
Azami. Il est aussi l’enfant de ses parents, « d’une mère
d’origine andalouse qui le berça de contes anciens, de
musique et de chants andalous et d’un père architecte qui lui
transmit un certain sens de l’esthétique et de la beauté ». De
même les corps de femmes entraperçus dans les vapeurs du
hammam s’imprimeront dans sa mémoire et donneront les
« corps immenses ». Enfi n, c’est en contemplant le travail des
peintres espagnols qui posent leur chevalet dans les rues de
la ville que l’artiste découvrira la magie de la peinture.
1 VH magazine Décembre 2012

