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Retour à l’expressionnisme
De son apprentissage à l’Ecole des Beaux-Arts de Tétouan
à la découverte des grands maîtres espagnols lors de
ses années à Séville, puis de son séjour à Paris, on suit
la formation du jeune Saâd. Sa première oeuvre majeure,
La Tuerta, date de 1958. On suit, au fil des ans, l’évolution
de l’artiste qui ne cesse d’explorer de nouvelles formes,
de nouvelles techniques, de nouvelles esthétiques, sans
jamais perdre de vue ses fils conducteurs : recherche sur
la matière, libération des corps, quête de l’âme à travers
les visages et ce que l’auteur nomme « esthétique de la
souffrance ». On citera sa période impressionniste, ses
huiles sur toile de facture réaliste, particulièrement celles
qui mettent en scène Tétouan et Séville (fin des années
1980), ses portraits de femmes et d’hommes dont
chaque ride et chaque facette du regard décrit une vie
de privation et de renoncement. Cheffaj aura sa période
« natures mortes » (fin des années 80-début des années
90). On aime ses dessins au crayon dont le saisissant
Le Cri du muet (1996) et surtout, sa période symboliste
avec ses « techniques mixtes sur bois » aux somptueuses
couleurs de terre.
Au début du nouveau millénaire, Saâd Ben Cheffaj
est revenu à l’expressionnisme où son extraordinaire
technique s’exprime pleinement, revisitant entre autres
la mythologie avec ses fameux « corps immenses », sa
marque de fabrique. Ses corps déconstruits forment une
curieuse géométrie humaine qui sont comme un résumé
de toute son oeuvre. Ces dernières années, son travail a
atteint une sorte de plénitude. Et c’est tout le mérite des
auteurs de ce livre absolument fascinant de nous le faire
comprendre en nous guidant dans son oeuvre.
Décembre 2012 VH magazine 1

