Page 103 - Lire votre magazine en version PDF
P. 103

Retour à l’expressionnisme
                De son apprentissage à l’Ecole des Beaux-Arts de Tétouan
                à la découverte des grands maîtres espagnols lors de
                ses années à Séville, puis de son séjour à Paris, on suit
                la formation du jeune Saâd. Sa première oeuvre majeure,

                La Tuerta, date de 1958. On suit, au fil des ans, l’évolution
                de l’artiste qui ne cesse d’explorer de nouvelles formes,
                de nouvelles techniques, de nouvelles esthétiques, sans

                jamais perdre de vue ses fils conducteurs : recherche sur
                la matière, libération des corps, quête de l’âme à travers
                les visages et ce que l’auteur nomme « esthétique de la
                souffrance ». On citera sa période impressionniste, ses
                huiles sur toile de facture réaliste, particulièrement celles

                qui mettent en scène Tétouan et Séville (fin des années
                1980), ses portraits de femmes et d’hommes dont
                chaque ride et chaque facette du regard décrit une vie
                de privation et de renoncement. Cheffaj aura sa période

                « natures mortes » (fin des années 80-début des années
                90). On aime ses dessins au crayon dont le saisissant
                Le Cri du muet (1996) et surtout, sa période symboliste
                avec ses « techniques mixtes sur bois » aux somptueuses
                couleurs de terre.
                Au début du nouveau millénaire, Saâd Ben Cheffaj
                est revenu à l’expressionnisme où son extraordinaire
                technique s’exprime pleinement, revisitant entre autres
                la mythologie avec ses fameux « corps immenses », sa
                marque de fabrique. Ses corps déconstruits forment une
                curieuse géométrie humaine qui sont comme un résumé
                de toute son oeuvre. Ces dernières années, son travail a
                atteint une sorte de plénitude. Et c’est tout le mérite des
                auteurs de ce livre absolument fascinant de nous le faire
                comprendre en nous guidant dans son oeuvre.
















































                                                                                            Décembre   2012    VH magazine   1
   98   99   100   101   102   103   104   105   106   107   108