Page 109 - VH Magazine N°133 - Octobre 2014
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Jonathan Nolan livre une
série corsée. Ce n'est pas
une série policière comme
on en fait à la pelle dans les
studios américains. Ce n'est
pas non plus un ersatz des
séries d'espionnage très bas de
gamme. Pas plus que ce n'est
un feuilleton à la guimauve
certaine, autour de péripéties
prévisibles et sans originalité.
Dans Person of Interest, il n'y a
pas de héros. Du tout. D'ailleurs
l'ex CIA, John Reese, joué par
l'excellent Jim Caviezel est
tout sauf un héros. Le génie
milliardaire à la base de la
machine, Harold Finch est un
homme qui traîne des drames
sans fin derrière lui.
personnages pour les rendre
humains, comme vous et moi.
C'est cela la force de cette série.
Elle distille des sentiments
humains si évidents, si proches
de nous, que chacun de nous
peut être un personnage à
sauver, un numéro qui sort,
pour qu'on lui trouve une issue,
sans trop y laisser de plumes.
Avec une écriture au poil et une
mise en scène digne des plus
grands films d'espionnage,
« Person of Interest » est une
série où chaque épisode est
un film à part entière. Scénario
ficelé, avec juste ce qu'il faut
Détective Carter, magnifique de rebondissements, sans
Taraji P. Hansen, est une jamais trop en mettre, pour
femme seule, en proie au suivre un destin humain. La
doute. Pareil pour l'agent mise en scène qui se joue
Fosco (sobre Kevin Chapman), des chronologies ouvre plus
ex-flic ripoux, qui tente de se de champs aux différentes
racheter une conscience en histoires humaines dont il est
sauvant des vies. On peut aussi ici question. On voyage d'une
ajouter dans cette panoplie époque à une autre, on remonte
des anti-héros, Root, l'illuminé le temps en arrière et en avant
qui est connecté à la machine pour plus de solidité dans
et peut sauver une vie comme le traitement. Cette marque
en prendre une à n'importe de fabrique signée Jonathan
quel moment. Pareil pour et sa volonté d'en découdre épisodes une malédiction, sert Nolan fait de « Person of
l'agent Shaw, incarnée par avec le monde, après tant de aussi de moyen de rédemption Interest », l'une des séries les
Sarah Shahi, très remarquée souffrances passées. Voici en pour toutes ces âmes damnées. plus sérieuses du moment,
dans Life aux côtés de Damien gros, ceux qui sont censés A chaque fois que Finch et avec un réel concept. Tout se
Lewis, le héros de Homeland, sauver les numéros donnés par Reese sauvent une vie, c'est joue au niveau des émotions.
qui devient personnage la machine. Ils ont à la limite un peu d'eux-mêmes qu'ils On touche ce qui nous rend
régulier. C’est un personnage besoin qu'on les sauve, plus sauvent. La grande trouvaille vrais et profondément nous-
sombre, sans vie autre que que les autres. Finalement la de Jonathan Nolan est d'avoir mêmes, notre vulnérabilité et
celle partagée avec son arme machine qui devient au fil des misé sur les failles de ses ça marche.
Octobre 2014 VH magazine 109

