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DOLCE VITA I I Rétrospective
cette peinture débarassée des
lourdeurs classiques. Quand
El Houssaïne Mimouni travaille
sur ces grands formats ou alors
sur des supports plus petits, il a
toujours la même adhésion à son
matériau. Il fait corps avec le trait,
la couleur et la forme. Il pénètre
l’espace circoncis de la toile. Il la
déflore, pour en toucher le coeur
palpitant d’un simple geste, dans
un beau lâcher de couleurs, dans
un grand jet d’émotions. El Hous-
saïne Mimouni a compris ce que
l’espace pictural signifie. Ce sont
ces déflagrations qui peuvent
naître d’une simple rencontre
entre un point et une ligne,
pourvu que les deux soient forts
et porteurs de belles signifiances,
pour creuser des sillons insoup-
çonnés dans n’importe quelle
approche artistique sincère, qui
va aux tripes et émane du coeur.
El Houssaïne Mimouni traverse le
monde comme un pèlerine, qui a
EL HOUSSAINE MIMOUNI REPRÉSENTE LE MAROC EN ESPAGNE ET EN ALLEMAGNE une idée en tête et sait que pour
la vérifier, il lui faut prendre tous
les chemins de traverse. D’où
cette multiplication des théma-
À L’INTERSECTION DES SENS tiques sur la même variante pour
en toucher toutes les possibilités
imaginables. Finalement El Hous-
LE GRAND PLASTICIEN MAROCAIN, QUI VIT EN FRANCE, EL HOUSSAINE MIMOUNI, EXPOSE SES TRAVAUX EN saïne Mimouni est un alchimliste
ESPAGNE ET EN ALLEMAGNE. IL PARTICIPE AUSSI AU FESTIVAL D’ASSILAH DONT IL EST L’HABITUÉ. RETOUR SUR LE doublé d’un bon spéléologue, le
tout rehaussé par cette vision du
TRAVAIL D’UN ARTISTE HORS PAIR. PAR ABDELHAK NAJIB
géographe de l’âme humaine.
Peindre, c’est aimer pour lui.
l Houssaine Mimouni est exposés au grand bonheur des couleurs, graphismes, le tout Peindre, c’est recréer le monde
l’une des plus grandes spécialistes de la nouvelle pein- est géré avec une économie dans de nombreuses varia-
Efigures des Arts plastiques ture mondiale, toutes tendances picturale qui en dit long sur tions, avec au centre, toujours
marocains. Au fil des années, il confondues. Cette exposition les exigences primordiales du cette volonté certaine de doter
est devenu un incontournable berlinoise va durer jusqu’à la fin peintre. Souvent les toiles sont la vie d’un immense champ des
des grandes expositions un peu de l’été 2015 et donne un large vides, avec le strict minimum pour possibles. Peinture de l’ouvert,
partout dans le monde. Il suffit aperçu sur les différentes varia- dire l’essentiel. Intuile de trop en peinture de l’optimsime et de la
de jeter un oeil sur ses exposi- tions dans le travail de Mimouni, faire, de remplir le tableaux de volonté, ce travail qui devient de
tions pour voir que son travail qui à chaque fois étonne par la tant de coloris, de formes et de plus en plus dense, atteste de la
a sillonné le monde et conquis fraîcheur de ses recherches et strates pour donner l’illusion grande conscience du monde et
les grandes scènes artistiques la grande recherche qui traverse de la profondeur. El Houssaïne du vécu du peintre, qui, au-delà
dignes de ce nom. Là, El Hous- ses oeuvres d’une époque à une Mimouni avance avec parcimonie. de ce qu’il ressent, transfigure
saine Mimouni expose ses autre. C’est simple, El Houssaine Il donne à lire une peinture à les réalités, et crée du rêve. El
derniers travaux, à Sitges près de Mimouni est un artiste atypique mi-chemin entre la suggestion et Houssaïne Mimouni nous raconte
Barcelone, en Espagne, du 6 juin qui fait son bonhomme de chemin la précision. Collages, morceaux à chaque fois une version de
au 26 juillet 2015. Parallèllement dans les annales de l’art contem- de choix littéraires, petits points l’histoire du monde, son histoire
à cette grande sortie, le peintre porain à la fois avec sérieux, neutres, dans un espace éclaté, et la nôtre dans un décalage
offre ses tableaux à voir dans discrétion et beaucoup de profes- mélanges de couleurs à la limite créatif qui ne se contente pas de
une exposition collective à Berlin sionnalisme. En plusieurs décen- de l’effacement pour ne laisser doter l’expérience humaine de
dans le cadre de l’exposition nies, le peintre a su construite paraître que le fonds de ce qui est plus de profndeur, mais ajoute
“schlachten/displaced 2015”, une une oeuvre compacte, homogène, dit et de ce qui est vu. C’est cette et préserve cette part de mystère
grande rencontre pour des plas- qui obéit à une logique intérieure dualité entre le verbe et la forme sans laquelle l’humanité serait
ticiens de renom qui sont toujours claire. Traits, écritures, formes, qui octroie toute sa puissance à vaine et pas trop prévisible.
Août-Septembre 2015 VH magazine 111

