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DOLCE VITA  I I  Livresse


                                          PRISES
                                          DE STEPHAN ENTER
                                          Rien n’échappe ici à la quête des hauteurs. Dans ce roman de vertige tout tourne autour de la montagne. Face au

                                          sommet, ils sont quatre, trois garçons et une fille. Ils vivaient pour une seule passion:  la montagne et ses attraits, le
                                          danger, la beauté, le vide, le lointain. Ils ont ainsi vécu aux rythmes des grandes randonnées, de l’escalade au risque
                                          de sombrer dans le grand vide, de l’alpinisme avec toute l’ivresse qu’il procure… Ils ont vécu à quatre, avec le silence
                                          comme compagnon, comme des coeurs battant à l’unisson, sans jamais empiéter l’un sur le terrain intime de l’autre.

                                          Vingt ans plus tard, c’est l’âge cassant. Ils ont quarante ans. L’un d’eux arrive à s’offrir au pays de Galles une
                                          maison au bord de la mer. C’était là un vieux rêve de jeunesse qui vient de se concréitiser. Le but étant qu’un
                                          jour les quatre amis puissent revenir en montagne, revivre d’autres sensations qui, pourraient, peut-être les
                                          faire revenir dans la beauté et l’insouciance de leur vingt ans. Paul habite à Bruxelles. Vincent a fait sa vie à
                                          Tokyo depuis de nombreuses années. Les deux vieux amis prennent le train pour l’Angleterre. Ils vont rejoindre
                                          Martin et Lotte, qui entre temps, se sont mariés. On devine bien ce quatuor réuni alors que les jeunes d’antan,

                                          chacun à sa manière, était un peu amoureux de la seule fille du groupe. Et c’est là que le passé fait son entrée
                                          en jeu. Entre tous ces espaces et paysages, il y a l’amitié des quatre, mais il y a aussi le non-dit, tous ces mots
                                          qui viennent jeter plus d’ombre sur cette vieille amitié...   (EDITIONS ACTES SUD. 180 DHS)





                                          DANS L’OMBRE DE LA LUMIÈRE
                                          DE CLAUDE PUJADE-RENAUD
                                           Pour ceux qui ne connaissent que des bribes de la vie de l’auteur des Confessions, Saint Augustin (354-430),
                                          Claude Pujade-Renaud donne ici à lire une autre version de la vie de cet homme qui a marqué son époque. La

                                          fi gure d’Adeodatus affleure des confins du temps pour revenir sur le temps de la passion, avant que le jeune


                                          Augustin ne devienne Saint, évêque d’Hippone et Père de l’Eglise. L’auteur de “Le sas de l’absence”, revient
                                          donc à la genèse du Bien et du Mal pour situer son amour au-delà de ce traité manichéen sensé régir la vie
                                          des humains. On apprend que la passion a un prix. Et surtout l’idéal religieux se place souvent au-dessus des
                                          rêves humains. Il peut les broyer, les remodeler, révéler leur sombre visage. Saint-Augustin, jeune, c’est édifi ant.
                                          Il aime, il partage le lit de sa maitresse. Il lui fait un enfant. Mais l’histoire ne retiendra pas son nom. Elissa
                                          renaît, dix-huit siècles plus tard,  sous la plume de Claude Pujade-Renaud et nous renvoie aux balbutiements
                                          de l’Eglise, de ses dérapages, du carriérisme des évêques et de la supercherie des hommes. Rien d’étonnant
                                          de la part de Claude Pujade-Renaud, passé maître dans l’art de raconter l’âme féminine. Rien n’échappe à
                                          son instinct de spéléologue des géographies humaines. Le corps, le sexe, la passion, le temps qui passe, les
                                          divinités qui cèdent le pas à Dieu l’unique, les pensées barbares d’un monde finissant et d’un autre qui va

                                          dévaler comme un rouleau compresseur sur les sentiments et leur confusion.   (EDITIONS ACTES SUD. 180 DHS)




                                          SUR LE SEUIL

                                          DE ALI TEOMAN
                                          C’est un très beau roman qui rend compte d’une belle quête de soi dans un monde à la fois connu et
                                          méconnu. L’écrivain turc Ali Teoman signe avec Sur le seuil, un texte très juste sur ce voyage au fond de
                                          soi pour se retrouver, se découvrir. Ce beau voyage dans une Turquie à la fois belle et secrète, révèle
                                          aussi un écrivain habité, très profond, avec un réel malaise humain. Sur le seuil est donc le roman d’un
                                          homme qui va au fond de la vie avec un regard sans concessions et sans compromis. Ce promeneur de la
                                          vie va vite céder à la rêverie et oublier les faits pour créer un monde parallèle fait de doutes, de beautés,
                                          de songes et d’espoir. Mais à un moment donné de ce périple, l’homme est sommé de circonscrire sa
                                          rêverie et de lui poser des limites pour que la réalité prenne aussi place dans cette quête interminable de
                                          soi au milieu des autres. Sur ce long chemin de contemplations, l’auteur doit faire face à des êtres et des
                                          choses inattendus, insoupçonnés et surtout répondre à tant d’interrogations. Dans ses carnets, il tente
                                          de comprendre les variations de ses amours. Il va jusqu’à questionner le poids des jours et de la mémoire
                                          pour se créer à un avenir somme toute, improbable. Pour rappel, Ali Teoman est né en 1962 à Istanbul.
                                          Entre 1989 et 1993, il poursuit des études en Europe. Auteur d’une dizaine de livres – romans, récits et

                                          nouvelles –, Ali Teoman a mis fin à ses jours en 2011.    (EDITIONS ACTES SUD. 180 DHS)
                                                                                                        PAR ABDELHAK NAJIB
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