Page 101 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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DOLCE VITA  I I  Livresse



                                          LA LIBERTÉ NOUS A CONDUITS ICI

                                          DE GUNNAR ARDELIUS


                                          Nous sommes à la fin des années 1960. Venus du froid de la Suède, Hektor, Margret et leur fils Mårten
                                          s’installent tout juste au Liberia. Recruté par la compagnie d’exploitation minière Lamco, Hektor se réjouit à
                                          l’idée d’assurer la fonction de directeur du personnel. Mais ses espoirs de réussite tournent court : choqués par
                                          l’attitude des dirigeants vis-à-vis de la population locale, les employés s’agitent et une grève violente se prépare.

                                          De son côté, confinée dans son rôle de femme d’expatriée, Margret peine à trouver sa place. La chaleur et la
                                          poussière lui tapent sur les nerfs, les Libériens l’angoissent et la panique s’empare d’elle lorsqu’elle se retrouve
                                          confrontée à ses propres préjugés. Quant à Mårten, il rêve de révolution mondiale et de solidarité internationale
                                          du prolétariat, se lie d’amitié avec le Garçon-serpent – le jardinier – et l’incite à lutter aux côtés des Libériens
                                          opprimés contre les nouveaux colonisateurs… Dans ce roman, Gunnar Ardelius dépeint la face obscure des
                                          débuts de la mondialisation. D’une écriture riche et sensuelle, il parvient à capter toute l’ambiguïté des années
                                          1960, qui oscille entre un optimisme inconscient et une insatisfaction désabusée, et la cristallise dans la subtilité
                                          psychologique de ces personnages pris au piège de la néo-colonisation.   (ACTES SUD. 180 DHS)







                                          PEINDRE, PÊCHER ET LAISSER MOURIR
                                          DE PETER HELLER
                                          Peintre en vogue, pêcheur ardent, philosophe artisanal, Jim Stegner tombe dans un engrenage fatal le jour
                                          où, témoin accidentel, il prend la défense d’une petite jument maltraitée. C’est qu’il est un poil sanguin,

                                          ce père orphelin, en quête d’une sérénité à jamais perdue avec sa fille violemment arrachée à la vie, son
                                          mariage pulvérisé, son rapport au monde passablement conflictuel. Pour ne rien arranger, l’homme est

                                          profondément allergique à l’injustice, et dangereusement réactif à la violence. Pourtant, au large de la petite
                                          ville de Paonia, Colorado, concentré sur une discipline et une sobriété appliquées, c’est dans l’exercice de
                                          son art que le peintre tente de tout canaliser : la douleur, la colère, la peur même. Et voilà que, du jour au
                                          lendemain, son quotidien vire à la course poursuite permanente : Jim devient la proie mouvante – et la terreur
                                          numéro un – d’une bande de solides ordures qui ne plaisantent pas avec la vengeance. Mélange explosif
                                          de virilité tendue et de lyrisme écolo, d’humour noir et de métaphysique maison, d’action haletante et de
                                          poésie contemplative, Peindre, pêcher et laisser mourir raconte avec maestria les dérapages incontrôlables
                                          de la vie, le pied sur l’accélérateur et l’oeil sur la beauté des paysages.  (ACTES SUD. 180 DHS)







                                          DE FACE SUR LA PHOTO

                                          DE RONIT MATALON
                                          Envoyée en longues vacances chez son oncle, patron de pêcheries et self-made-man levantin installé au
                                          Cameroun, Esther, adolescente israélienne indocile, découvre la très étrangère vie des Blancs en Afrique.
                                          À travers sa relecture de photos de famille, elle déchifffre le passé de ces juifs d’Égypte, cosmopolites et

                                          polyglottes, façonnés par le colonialisme du Levant. Sous son regard libre, féroce et amusé, s’anime un monde
                                          hétéroclite et décadent, un monde qui a tourné le dos au sionisme et fait le choix d’un néocolonialisme
                                          bricolé et bancal. Où l’on découvre une famille qui s’ébat avec aisance dans sa villa avec piscine et fréquente
                                          la communauté française locale. Mais aussi la vie parallèle, si loin si proche, des Noirs qui gravitent autour,


                                          entre intimité ignorée et distance affirmée. À la fois chronique et coup de semonce, mêlant vitriol et nostalgie,

                                          De face sur la photo reconstitue une histoire qui n’a pas fini de redistribuer les rôles de maîtres et d’esclaves.
                                          Montage, collage, enquête, chanson faussement douce, c’est une lecture aussi envoûtante qu’insaisissable.
                                          Premier roman de Ronit Matalon publié en 1995, et réédité quinze ans plus tard, il a marqué la littérature
                                          israélienne contemporaine de sa modernité et de son audace.        (ACTES SUD. 180 DHS)
                                                                                                        PAR ABDELHAK NAJIB



                                                                                          Février   2016    VH magazine   93
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