Page 104 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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DOLCE VITA I I Un réalisateur, un fi lm
PAR ABDELHAÏ LARAKI
A Meknès, un dimanche après-midi de mai, je descendais, heureux et insouciant, les
marches du magnifique cinéma « CAMERA », lorsqu’une énorme peluche me sou-
leva par derrière : c’était mon maitre d’école, j’avais 11 ans et je venais voir le film « Les
400 coups ».
-Qu’est-ce que tu fiches ici ? Ce film est interdit aux enfants ! Dégage !
Je déguerpis sans demander mon reste ! Le lendemain après-midi je fis ma première
école buissonnière pour aller voir le film, je me suis identifié à Antoine Dionel (Jean-
Pierre Léau) cet enfant turbulent en quête de liberté mais emporté par le tourbillon de
la vie. Les parents au moins, les miens –que Dieu ait leur âme- étaient merveilleux.
A partir de ce jour : Liberté et amour du Cinéma étaient devenus pour moi, syno-
nymes. Quelques semaines plus tard, j’ai vu dans les mêmes conditions « A bout de
souffle » de Jean Luc Goddard... C’est ainsi que grâce aux joies de l’école buissonnière,
François Truffaut, Jean Luc Goddard et les cinéastes de la Nouvelle Vague allaient
LES 400 COUPS devenir pour moi de véritables icones et mon désir de faire des films était né.
FICHE DU FILM Des années plus tard, je leur rendis hommage dans mon premier film « les 400 et
un coup » où je narre cette histoire d’école buissonnière et d’éveil au désir. Le film dé-
È Sorti le 3 juin 1959. bute par un long travelling inspiré de la fin des « 400 coups » de Truffaut qui s’inspire
È Réalisé par François Truffaut. lui-même du film Rashomon de Akira Kurosawa qui lui-même puise son inspiration
È Avec Jean-Pierre Léaud, Clairie Maurier, chez Murnau l’un des maîtres du cinéma expressionniste allemand, etc...
Albert Rémy, Jeanne Moreau, Jean-Claude Aujourd’hui encore mon cinéma est toujours travaillé par les ingrédients de la Nou-
Brialy et Jacques Demy. velle Vague : décor naturel, dialogue et personnages empruntés au réel et au quoti-
dien, histoire simple qui devient extraordinaire grâce à une mise en scène anticon-
formiste, des personnages justes et attachants, notamment les femmes qui sont au
centre de tous mes films. «Le cinéma, selon Truffaut, est un art de la femme, c’est-à-
dire de l’actrice... Les grands moments du cinéma sont la coïncidence entre les dons
d’un metteur en scène et ceux d’une comédienne dirigée par lui.
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