Page 110 - VH Magazine N°151 - Juillet 2016
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DOLCE VITA I I Portfolio
LE NU DANS PEINTURE OCCIDENTALE
OU LE CORPS PEINT DE L’ESPRIT DES ÉPOQUES
PAR HAJAR MOUSSALIT EL ALAOUI
« L’histoire de l’art est celle de la réfl exion de l’homme sur lui-même.
L’homme visible, authentique, pur, est l’homme nu » Ulf Küster.
Ainsi les œuvres picturales rupes-
tres peintes sur les murs de grottes,
sculptées ou gravées, nous ont
toujours enseignés du rapport de
l’homme à la fois à son propre corps
et au corps collectif. La signification
des représentations de l’homme de
la préhistorique était de l’ordre du
surnaturel et les formes humaines
conçues par le biais de la sculpture
ou de la peinture étaient usitées
pour l'incarnation des dieux et des
esprits. Les nus des femmes ou l’ac-
centuation des seins, du ventre et du
sexe en dépit des détails du visage et
autres partie du corps étaient là pour
mettre en relief l’aspect fertile de la
femme, une manière de s’attirer la
fécondité. Quant aux nus mascu-
lins, l’importance est accordée au
phallus représenté d’une manière
exagérée.
Si la femme a été la plus représentée
à la période préhistorique, le nu des
hommes a été privilégié à l’antiquité
gréco romaine. Considéré comme
Édouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbe . sacré, le corps est étudié dans son
anatomie la plus méticuleuse, dans
Le corps nu accompagne la naissance de l’art. Les ses proportions les plus exactes et dans ses mouvements les plus
premières représentations du corps de l’homme réalistes. Le sexe masculin était librement exposé contrairement
nous proviennent des périodes paléolithiques, les à celui de la femme qui devait être couvert au regard du public.
plus anciennes périodes de la préhistoire. L’homme Les représentations antiques des formes humaines ont atteint une
ayant pris conscience de la vanité de son existence, s’est engagé perfection telle, qu’elles étaient considérées comme la référence
dans le processus de création de sa propre image conjurant de cette des représentations artistiques des époques qui vont suivre.
manière son angoisse primordiale, sa disparition. Aussi, peindre
le corps, le graver ou le sculpter répond-il à l’obsession qu’il a de LE CORPS MÉDIÉVAL OU
laisser des traces de son passage. L’ÉROTISME INDOCILE
De surcroît, la représentation du corps retrace non seulement Les représentations artistiques du moyen âge étaient liées direc-
l’histoire du personnage représenté, de ses états d’âme, de ses tement à ce mode de pensée religieuse. Conscient de l’impor-
blessures et de ses exaltations, elle ne dit pas seulement la présence tance de l’image dans l’enseignement des fidèles illettrés, l’ordre
effective ou elliptique de ce même personnage, de ses particularités ecclésiastique tenait à montrer dans le corps nu, l’inscription de
ou de ses convictions, la représentation du corps se fait réceptacle l’horreur de l’homme, sa morbidité physique, le miroir de son
d’une pensée ou d’une croyance collective, elle exhale une sensibilité péché originel si bien qu’il commença à passer des commandes
et nous raconte en image, l’esprit d’une époque. En somme, elle aux artistes, en fresques, en peinture et en miniatures pour orner
donne à voir le corps de tout un groupe social. ses églises et ses manuscrits religieux.
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