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’analyste Pierre André Dupire   d’Anselm Kiefer : «Je ne suis pas un
                        explique que « L’oeuvre de   peintre de l’art pour l’art. Je ne fais pas
                        Karim Marrakchi dénote et   de la peinture pour faire un tableau. La
                 Lsurprend dans le paysage     peinture, pour moi, c’est une réfl exion,

                 artistique marocain. Au fil des années,   une recherche».
                 sa peinture s’est progressivement   Recherche de la base et du sommet
                 affranchie des normes à la mode et il   dans un élan de résistance face à la
                 a pris  ses distances avec des conven-  vacuité du monde moderne, à l’horreur
                 tions qui ont longtemps bridé son   qui le traverse, à la laideur et au superfi -
                 imagination. Car, c’est d’abord contre   ciel qui semblent aujourd’hui devenir la
                 son propre académisme que cette   norme. Karim Marrakchi privilégie dans
                 lutte avait été engagée.  Prisonnier de   son combat le corps à corps. Il réussit
                 l’opposition entre la peinture et l’ar-  ici un tour de force, celui de revivre et
                 chitecture, il vivait un dilemme qui l’a   de recréer l’expérience de l’histoire,
                 profondément marqué.  Parvenu à le   son histoire, avec ses innombrables
                 résoudre, il s’emploie aujourd’hui à se   ramifications.  Cette re-vie qui reste
                 renouveler de manière permanente,   somme toute purement symbolique, lui
                 dans une sorte d’effusion provocatrice,   permet, au bout de la toile de trouver les
                 que le mot d’expressionnisme joyeux   traces d’une humanité qui n’est jamais
                 semble bien traduire.»        perdue, qui demeure enfouie au fond
                 La joie traverse cette oeuvre de bout   de l’être et qui se nourrit des multiples
                 en bout. Cette peinture est celle de la   chemins de la vie.
                 célébration. Karim Marrakchi conçoit   Faten Safieddine, la critique d’art qui

                 les instants de vie comme autant de   connait bien ce travail, met l’accent sur
                 miracles. Vivre est un présent. Ce qui   ce combat qui sous-tend les différentes
                 renvoie encore à ce grand Oui pour tout   démarches du peintre: “On devine le


















                                                                                        Cette peinture est celle de la
                                                                                       célébration. Karim Marrakchi

                                                                                         conçoit les instants de vie
                                                                                        comme autant de miracles.
                 ce qui vient à nous, nous traverse, nous   peintre engagé dans un corps-à-corps   Vivre est un présent. Ce qui
                 heurte, nous bouleverse, chamboule   sans merci avec la matière, mu par
                 nos cheminements et crée autant de   des émotions où se mêlent houleuses   renvoie encore à ce grand Oui
                 renaissances, après tant de morts. «Je   passions, irréductibles rébellions et
                 conçois désormais mon art comme une   rêveries enfantines. On y devine l’ar-  pour tout ce qui vient à nous,
                 résistance contre le mépris et la laideur.   deur d’un enfant longtemps trop sage   nous traverse, nous heurte,

                 L’artiste est aujourd’hui un résistant,   qui s’autorise enfin, sur des toiles de
                 parce qu’il ose vouloir le beau et le   plus en plus grandes, à contester,   nous bouleverse, chamboule
                 partager dans une époque saturée de   crier, rugir, critiquer. La toile blanche
                 dédain», résume Karim Marrakchi. Rien   est également pour le peintre le champ   nos cheminements et crée
                 de plus limpide. Ce qui fait de ce travail   d’une véritable thérapie et un espace de   autant de renaissances, après
                 une grande réflexion sur le sens de l’art   recueillement et de méditation où il peut

                 dans sa relation avec l’essence même   librement plonger dans les arcanes les   tant de morts.
                 de l’existence. Dans ce sens, Karim   plus secrètes de son âme et exprimer
                 Marrakchi fait sienne cette assertion   l’indicible qui l’habite”.


                                                                                   Janvier/Février   2017    VH magazine   11
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