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Mohamed Filali


                 QUAND LE PINCEAU OSE




                  M     Mohamed Filali décide un jour de quitter   nage flottant dans les airs, une serviette à la main.

                                                         Ce dernier ressemblait étrangement au ministre des
                        Essaouira, à l’âge de 19 ans, pour «monter»
                        à Rabat trouver du boulot et entamer   Finances de l’époque. Dans les bulles, l’enfant disait
                 une nouvelle vie. Nous sommes en 1969. Le jeune   à son père « Regarde papa, il vole ». « Mais il vole
                 Mohamed propose quelques caricatures au quotidien   quoi ? », répondait le père. «C’est passé sans que la
                 l’Opinion. Et ça marche. Séduits par                censure ne s’en mêle », se souvient
                 le coup de crayon aussi audacieux                   Mohamed Filali. Comme il le dit si
                 qu’intelligent du jeune homme, on                   bien, après tout ce n’étaient que des
                 décide alors de lui donner sa chance.               «Mikkiyates » Un jour, il se fend d’un
                 Il l’a saisie de belle manière. Très vite           dessin clairement anti-américain
                 Mohamed Filali se fait remarquer et                 critiquant ainsi l’engagement des
                 les lecteurs découvrent un véritable                Etats-Unis au Vietnam et prenant
                 talent avec des planches de plus en                 position de manière limpide contre
                 plus osées. Quand on évoque des                     une guerre meurtrière. Il ne s’arrête
                 souvenirs avec Mohamed Filali, il se                pas en si bon chemin, il publie un
                 rappelle toujours de sa première caricature claire-  autre dessin attaquant le gouvernement algérien. Et
                 ment engagée: le dessin représentait un homme et   là, le caricaturiste se fait un nom et devient l’un des
                 son petit garçon qui lèvent les yeux vers un person-  porte-drapeaux de toute une époque.






                   Said Amine


                 L’ENGAGEMENT SANS FAILLES




                  L     Le caricaturiste marocain, Said   publics a organisé un concours qui porte
                        Amine, est décédé, à l’hôpital des
                                                     le nom de Saïd Amine et ayant pour thème
                        spécialités à Rabat,  le 12 juillet 2006,   «Baraka men chefra» (basta, le vol). Histoire
                 des suites d’une longue maladie. On lui rend   de perpétuer le parcours d’un homme qui a
                           aujourd’hui hommage. Natif de   fait de la lutte contre toutes les injustices, le
                           la ville de Khénifra en 1973, le   credo même de son art. Durant les années 90,
                           défunt, qui a entamé sa carrière   il publie plusieurs de ses caricatures dans des
                           de caricaturiste à l’âge de 17 ans,   supports de presse comme «Al Alam», «Anwal»
                           était titulaire d’un diplôme de   ou encore «Ashahid», tout en participant à
                           l’Ecole des Beaux-Arts à Casa-  des expositions de dessin au Maroc comme
                           blanca et d’un diplôme d’études   à l’étranger. «Il avait beaucoup de courage
                           universitaires générales en litté-  puisqu’il était en confrontation directe avec le
                           rature anglaise. Il avait obtenu le   système. Il avait des personnages et derrière
                           Prix Mehdi Manjra de la carica-  chaque dessin, une vision, une ligne et une
                           ture. Said Amine, qui a travaillé   réflexion», souligne Ahmed Beyoud. Bakhti se

                 pour plusieurs quotidiens et hebdomadaires   souvient d’un artiste avant-gardiste. Un homme
                 nationaux, était connu pour son professionnal-  qui a su évoluer techniquement après chaque
                 isme, sa moralité irréprochable et sa défense   dessin. «Il cherchait toujours l’innovation. C’était
                 des personnes humbles.              un personnage d’une grande spontanéité. Un
                 Pour rendre hommage à l’artiste qu’il était,   être entier. Ce qui rendait son travail d’une
                 l’Instance nationale de protection des biens   fraîcheur incomparable».


                                                                                    Août/Septembre   2017    VH magazine   49
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