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Ah, la bonne vieille hystérie! Rares sont
les femmes qui ne s’en sont jamais vues
accusées. Apparu dans le discours mé-
dical du XIXe siècle pour qualifier une
affection psychologique, ce terme s’est
depuis travesti en insulte suprême
– sexiste par excellence. Parce qu’il est
dérivé du mot utérus, il était commode
d’en faire l’apanage exclusif des femmes.
Et ce, même si dès le XIXe, de nombreux
travaux avaient été réalisés sur des cas
d’hystérie masculine, rappelle Muriel
Salle. Mais voilà, «l’hystérie était une
manière efficace de renvoyer les femmes
2 Toutes nopause, grossesse, rapports sexuels ou
à leur supposée faiblesse. Règles, mé-
abstinence: tout est bon pour justifier par
cette représentation abusive du corps
l’exclusion des femmes – de la sphère
hystériques
politique, économique, académique ou
autres.»
4 Toutes matérialistes
«Ce cliché est étonnant, quand on sait que la
gestion du budget familial a été conquise au
XIXe par celles qui étaient les «ménagères» pour
contrer les dépenses des maris aux cafés!»,
ironise Dominique Loiseau. Et d’exposer que,
«du fait de cette responsabilité, beaucoup de
femmes du milieu populaire étaient en sous-
alimentation chronique, car privilégiant les repas
du mari et des enfants». Muriel Salle, quant à
elle, souligne la dose de mauvaise foi mascu-
line nichée à l’intérieur de ce stéréotype qui a
«toujours d’abord pour fonction de rappeler
que, pendant longtemps, les femmes ont été
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dépendantes financièrement».
Malach Pines, dans La jalousie amoureuse éta-
gue Dominique Loiseau invite à comprendre cette
Toutes Les travaux rassemblés sous la direction d’Ayala Cahiers de l’Egaré, 2015), l’historienne et sociolo-
persistance à la lecture de «ce qui a longtemps été
blissent clairement que «ce sentiment s’accorde
jalouses aussi bien au masculin qu’au féminin». Une diffé- la norme: pour les hommes le droit au désir, aux
rence n’apparaît qu’au niveau de son expression:
«aventures»; pour les femmes la soumission au
«Les hommes se fâchent, les femmes dépriment.» sein du foyer, la résignation devant les frasques
Pourtant, la croyance en ce si terrifiant démon que maritales et la non-reconnaissance de leur désir
serait la jalousie féminine reste fortement ancrée propre». En bref, nous serions jalouses parce que
dans les esprits. Coauteure de «Battements d’ailes nous ne pouvons idéologiquement pas être du côté...
– clichés féminins/masculins aujourd’hui» (Ed. Les des infidèles!
Mars 2018 VH magazine 85

