Page 92 - VH Magazine N°171 - Août & Septembre 2018
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DOLCE VITA I I Portfolio
ELIASSA
DE L’APPARENCE A
LA TRANSPARENCE
SONDER LA VIE, EXPLORER LE MONDE,
PROLONGER LE REGARD AU-DELÀ DU VISIBLE,
NE SONT-CE PAS LÀ DES FANTASMES DE
L’HUMAIN ? L’ŒUVRE DE JIHAD ELIASSA
EXPOSÉE RÉCEMMENT À LA PRESTIGIEUSE
GALERIE PRESTIGIA EST L’UNE DES PLUS
BELLES RÉALISATIONS ESTHÉTIQUES DE CE
DÉSIR DE FRANCHIR LES FRONTIÈRES DE
L’OPACITÉ DES CHOSES QUI MEUBLENT NOTRE
QUOTIDIEN. PAR ABDELALI ERREHOUNI
u commencement, il y a le souvenir,
le carrousel d’images de la vitrine
Afamiliale qui trône dans la maison
de grand-mère. Elle est faite pour être
perçue mais elle passe souvent inaperçue
aux yeux des habitués de la maison. A
force de la voir, on finit par banaliser sa
présence, perdre la première impression
qui chatouille les sens, touche à l’essence.
Au-delà des apparences. J. Eliassa perce le
mystère de la vitrine et s’émerveille comme
l’enfant qu’il était devant les objets qui la
constituent. Il y reconstitue les entrailles,
y fait couler du sang neuf dans des veines
assoiffées de renaissance. Difficile de ne
pas retrouver la curiosité des premiers
instants qui nous unissent au monde,
de nous émerveiller à notre tour devant
le traitement qu’une théière, un plat ou
un verre se voit subir sous la délicatesse
chirurgicale de la main de l’artiste.
J. Eliassa n’est tout de même pas dans
la reproduction d’un monde qu’il avait
domestiqué ; il est dans la création d’un
monde nouveau avec des objets anciens
qui, dans leur solitude commune se
regardent, dialoguent et s’embrassent.
Sa vision comme sa pratique artistique
s’inscrivent résolument dans la modernité.
Elles exigent une rééducation de notre
regard à lire ce qui semble, à première
vue, une œuvre étrange, bizarre, décalée,
mais ô combien inédite et féconde.
92 VH magazine Août/Septembre 2018

