Page 127 - VH Magazine N°188 - JANVIER & FÉVRIER 2021
P. 127

et je m’y identifie. C’est un solitaire,   fameux jeu vidéo Assassin’s Creed   L’œuVrE  d’AbdurAhMAnE
               un moraliste, en quête perpétuelle   en l’an 2000.                   MounIf
               de l’apprentissage de la vie. Il ques-  Pour moi, c’est un roman intrigant.   Mon  troisième  choix  s’arrête
               tionne le monde, le cosmos… Pour   Il raconte l’histoire de Hassan Ibn   naturellement sur l’œuvre complète
               lui, les questions sont aussi impor-  Sabah, maître religieux et chef des   d’Abdurahmane Mounif. D’abord par
               tantes que les réponses et doivent   hachachines (assassins) qui mène   compassion puisqu’il a été déchu de
                                                  une  guerre  contre  le  pouvoir.  Il   sa nationalité saoudienne en raison de
                                                  accuse les Seldjoukides de vouloir   ses opinions publiques, ensuite pour
                                                  imposer aux musulmans la doctrine   son génie, son talent d’écrivain hors
                                                  sunnite. C’est aussi l’histoire d’un   pair et sa modernité qui défie le temps.
                                                  amour charnel et impossible entre
                                                  les harems esclaves de ce maître
                                                  religieux et les soldats en herbe. Mais
                                                  c’est surtout l’histoire d’un lavage
                                                  de cerveau mené de main de fer par
                                                  Hassan Ibn Sabah, qui se base sur
                                                  l’endoctrinement de jeunes soldats
                                                  qu’il  métamorphose  en  combat-
                                                  tants fanatiques prêts à mourir pour
                                                  sa cause. Ce magnifique texte est
                                                  l’unique œuvre de Vladimir Batrol qu’il
                                                  a écrit en 1938. Il dérange car c’est
                                                  une œuvre prémonitoire. Elle prédit
               mener à une connaissance du monde   les fiefs terroristes d’aujourd’hui et
               qui nous entoure. Le «moi», est donc   décrit les méthodes utilisées par
               marginal chez lui, il faut s’en débar-  les djihadistes contemporains. La
               rasser. Cette réflexion m’a habité   fiction devance alors les événements
               et était durant longtemps, profes-  de l’Histoire. Intrigant !
               sionnellement parlant, mon credo.                                    Révolutionnaire dans l’âme, son œuvre
               Je ne porte jamais de jugement                                       se caractérise par un engagement
               personnel sur autrui. Mon point                                      politique ardu, mais aussi par un
               de vue reste relatif. On n’est pas le                                romantisme remarqué, comme en
               même après avoir lu Montaigne. Son                                   témoigne son roman            . Il
               adage «Connais-toi, toi-même» m’a                                    allie parfaitement douceur et brutalité,
               servi de lampe torche qui éclairait                                  amour et colère, narration et docu-
               mon chemin durant des moments                                        mentation. Son histoire personnelle
               obscurs de ma vie.                                                   marquée par les exils et les incarcéra-
                                                                                    tions a influencé toute son œuvre. Je
               ALAMut dE VLAdIMIr bAtroL                                            n’oublierai jamais le jour quand j’ai
               En  voilà  un  roman  qui  m’a  vrai-                                terminé la lecture du 5ème tome de
               ment  dérangé  !  Alamut  a  connu                                   Ville de Sel, c’était un jour de ramadan.
               plusieurs destins. On dirait un être                                 Je sautillais tel un enfant arrivé au
               humain qui renait à chaque fois de                                   bout de tous les niveaux d’un jeu vidéo.
               ses cendres. Ce roman de Vladimir                                    Je ne me rappelle pas le nombre de
               Batrol est passé inaperçu avant la                                   fois que j’ai lu et relu Histoire d’amour
               Seconde Guerre Mondiale. Il a connu                                  d’une mage, toujours avec la sensa-
               un autre destin à la fin des années                                  tion de la première lecture. Quand
               80 avec sa première traduction en                                    la mouche de l’œuvre de Mounif m’a
               français, pour connaitre une réussite                                piqué, j’ai vite compris que j’en serai
               mondiale après l’avoir assimilé au                                   dépendant à vie !




                                                                                Janvier & Février 2021      VH magazine   127
   122   123   124   125   126   127   128   129   130   131   132