Page 82 - VH Magazine N°188 - JANVIER & FÉVRIER 2021
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VH MOTEUR I I Hommage
leS vOitureS c’eSt bien, maiS Omar
aimait tOut autant leS aviOnS
Omar avait obtenu, sans contes- servi une quinzaine d’années sur
tation possible, ses galons de les lignes de la compagnie natio-
restaurateur de voitures de nale.
collection. Mais une rencontre en Pour l’anecdote Omar, à cinq
janvier 2009 va le faire travailler ans de l’âge de la retraite, ayant
dans un tout autre registre. Un constaté que les voitures résis-
film devait se tourner au Maroc taient mieux aux aléas de la
qui avait pour théâtre le Sahara météo à Marrakech qu’à Casa-
marocain. En 1933, Bill Lancaster, blanca (humidité oblige), décida
un pilote anglais de renom a de migrer vers la ville. Il fit l’ac-
disparu dans le désert lors d’une quisition d’un terrain à l’entrée
tentative de record de traversée de Marrakech. Il lança le chantier
entre Londres et Le Cap. Loué de construction et a commencé Mohammed Ces deux pilotes de ligne de Royal
«Tôlier»
pour les besoins du tournage, par construire les garages à l’homme Air Maroc, lors de l’édition 2004,
l’avion devait se cracher dans même d’accueillir sa soixantaine aux doigts réalisèrent l’exploit d’arracher
d’orfèvre.
le désert, mais son propriétaire de véhicules, avant de poser la la 2ème place au classement
refusa de faire prendre le moindre première brique de sa maison… général devant bien des pilotes
risque à son aéroplane… Il fallait Les voitures d’abord ! professionnels de renom.
donc une doublure. Omar aimait batailler du mieux
C’est ainsi que l’équipe tech- Fin pilOte au cran qu’il pouvait et acceptait autant la
nique chargée du tournage, dans incrOyable victoire (il en a aligné une série)
sa recherche de solution, fut tout Omar ne se limitait pas à recher- que la défaite, sans état d’âme,
naturellement dirigée vers Omar cher les vieilles voitures ici et là. et s’empressait de féliciter les
en espérant qu’il pourrait relever le Il savait aussi dompter ces méca- vainqueurs du jour. Mais il savait
défi : construire un clone du biplan niques et tous lui reconnaissaient montrer sa désapprobation…à
en…30 jours. Après réflexion, et cette finesse de pilotage et ce cran sa manière. Lors de l’édition
concertation avec «Mohammed incroyable au volant des bolides de 2005, ils s’étaient classés
Tôlier», il accepta de se lancer qu’il restaurait et bichonnait premiers à l’issue de la sixième
dans l’aventure. Omar contribua, autant que ses propres enfants. étape. Une étape où ils avaient
de par ses connaissances de D’ailleurs, il fut le premier équi- dû batailler dur contre le chrono
pilote, à veiller à la bonne appa- page marocain à participer au et l’état de la route. Ils ont même
rence extérieure et au respect des «Rallye Classic du Maroc» en bouclé l’étape avec l’aile arrière
côtes figurant sur le plan de réfé- compagnie d’un autre comman- de la voiture enfoncée, suite à un
rence et Mohammed mit à profit dant de bord, à savoir Arraki Dafir. dérapage qui lui a fait heurter un
ses trente années d’expérience et rocher. Suite à la plainte de quel-
usa de tout son savoir-faire pour ques concurrents sur la
qu’aboutisse ce projet. difficulté de l’étape, les
En image, la preuve que le défi fut organisateurs décidèrent
relevé et de belle manière. Voilà de ne pas la prendre en
le résultat d’un mois mémorable compte. Le lendemain,
de réflexion et de labeur, perlé de au moment du départ de
beaucoup de nuits blanches. Mais, la septième et dernière
encore une fois, le jeu en valait la étape, Omar était absent.
chandelle ! Dans sa ferme, repo- Il répondit, au téléphone,
sent quelques carcasses d’avion à l’organisateur qui s’in-
récupérées ci et là ainsi qu’un quiétait de son absence :
exemplaire unique de Caravelle «je suis à Casablanca,
SE 210, avion à réaction, ayant je prends mon petit
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