Page 44 - VH Magazine N°133 - Octobre 2014
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LA COUV’ I I Sur le toit du Monde
PROFESSEUR ABDERRAHIM ZOUHAIR,
MÉDECIN EN SUISSE,
ACTEUR ASSOCIATIF AU MAROC
IL A FAIT SES ÉTUDES DE UN PUR PRODUIT
MÉDECINE AU MAROC, MAIS CE DU SYSTÈME
PRATICIEN QUI SE DESTINAIT À PUBLIC
LA DIALYSE S’EST RÉORIENTÉ Abderrahim est scolarisé
À MI-PARCOURS VERS dans le système public, et
use les bancs du Lycée Al
L’ONCOLOGIE ET DISPENSE Khawarizmi. “A l’époque,
DÉSORMAIS SES SOINS EN nous avions encore des
SUISSE OÙ IL RÉSIDE. A 50 ANS, enseignants français”, se
LE PROFESSEUR ABDERRAHIM remémore-t-il. Il obtient son
ZOUHAIR COMPTE PARMI Bac Sciences expérimentales
LES “PATRONS” DE LA LUTTE en 1983, et doit faire un choix
de carrière: “je savais que
CONTRE LE CANCER À je ferais des sciences. Mais
LAUSANNE. POUR AUTANT, IL à l’époque, on était soit
N’A PAS OUBLIÉ LE PAYS QUI ingénieur, soit médecin. Ce
L’A VU NAÎTRE ET CONTINUE À n’était pas du tout comme
CONTRIBUER À SON ESSOR, aujourd’hui, où l’on n’a
MÊME À DISTANCE. que l’embarras du choix”,
analyse-t-il. Abderrahim doit
PAR NOUREDDINE EL ABASSI alors passer par différents
concours, à la faculté de
médecine les premières
années étaient une série
de sauts d’obstacles. Ainsi,
N après un concours d’entrée
’est-ce pas
en première année, un autre
l’éloignement du pays
s’en suivait au bout des deux
qui vous fait décou-
vrir combien en fait vous y économique, où Abder- complémentaire: “à l’époque premières années. Les tests
êtes attaché? Le Professeur rahim passera ses premières nous écoutions des radio de passages étaient fort
Abderrahim Zouhair, a dû se années. Enfant studieux, il a cassettes, nouvellement difficiles, un numerus clausus
construire loin du Royaume, pour passion la lecture : « Je introduites sur le marché. étant en fait pratiqué. Mais
à la recherche d’une forme lisais de tout, tout ce qui Je m’amusais à écouter les Abderrahim les réussit, et
de rayonnement, sans pour me tombait sous la main. chansons et à en recopier passe de classe en classe. Par
autant se couper de ses Mais avec le recul, je me les paroles. Cela m’a peut- ailleurs, la réalité marocaine
origines. Alors que c’est l’un rends compte que c’était être donné des bases des le rattrape en 7e année, lors
des deux seuls médecins essentiellement des romans langues que je ne connais- du stage d’internat: “il y
universitaires marocains français. L’approbation de sais pas encore”, développe- avait des octrois de certi-
exerçant en Suisse à ce jour, il ma mère, qui m’était acquise, t-il, d’un rire sincère, qui ficats de complaisance
continue de servir son pays était aussi un encourage- renvoie à sa période juvénile. délivrés par des privés que
malgré la distance. ment”, explique-t-il. Il faut Malgré les occupations du l’hôpital où j’étais aff ecté
Né en 1964, à Casablanca, dire qu’à la maison, c’est la père, durant les vacances devait contresigner. Je ne
le jeune Abderrahim est le mère qui gère la barque, le scolaires, la famille allait à la voulais en aucune manière
troisième des cinq enfants père de Abderrahim étant découverte du pays. Notam- être impliqué dans un tel
d’un homme d’affaires, versé par monts et par vaux, pour ment des villes impériales, imbroglio”, expose-t-il. Dès
dans le commerce des les besoins de sa profes- à la découverte des ruines lors, sa carrière prend un
produits agricoles à l’échelle sion. Autre passion du jeune romaines, comme celles de autre tournant, et le regret
internationale. La famille casablancais, la musique Volubilis. En somme, une vie de ne pas avoir poursuivi
est installée dans la capitale dont il fait une occupation plutôt douce. ses études à l’étranger le
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