Page 35 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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monde. Le sien d’abord. Le nôtre ensuite.
                  N’allez pas croire que la jeune photographe avait une
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                  quelconque prétention d’apporter des solutions à la société,
                                                                                     cela et de ne jamais violer cette intimité
                  dans ces nombreuses tares et pathologies. Mais elle faisait
                                                                                     propre aux uns et aux autres. Elle avait
                  ce qu’elle avait à faire. Elle n’était ni spectatrice médusée,
                                                                                     juste le souci de faire un pied de nez à ce
                  dépassée par les événements, ni
                  commentatrice pressée de donner   C’est en somme cela la force du travail   qui peut noircir l’humain en mettant en
                  son avis, comme de nombreuses    de Leila Alaoui: l’écart, la distance, le   avant sa lumière. En somme, elle jouait
                  personnes peuvent l’être aujourd’hui,   recul pour mieux voir. Et la pudeur devant   innocemment avec l’obscurité sachant
                  sous prétexte qu’elles ont fait le tour   toutes les personnes qui se sont posées   qu’en elle peut résider la clarté.
                  de toutes les questions, en avançant   face à son objectif. Pudeur et respect   Tout est dans ce regard. Un regard sans
                  des jugements à tour de bras, sur   profond pour toutes ces vies, ces exis-  concessions sur le monde. Un regard à la
                  tout et tous. Mais Leila Alaoui était   tences éparses, avec leur passé, leur   fois tendre et interrogateur. Une lecture
                  une actrice active dans cette même   parcours, leurs désirs. Chaque personne   qui va au-delà des clichés. Leila Alaoui,
                  société au sein de laquelle elle a vécu   rencontrée recèle des mystères que la   c'est une oeuvre qui reste pour raconter
                  et grandi. Toujours avec ce recul, cette   photographe ne cherche aucunement   un certain regard sur une actualité en
                  distanciation.                   à révéler, mais elle s’emploie à nous   mutation.
                                                   rapprocher de cette dimension humaine
                                                   et spirirtuelle qui va au-delà de cette   UN REGARD SANS
                                                   présence physique, avec son poids des   CONCESSIONS
                                                   jours  et  sa  relative  incidence  sur  le   Quel que soit le sujet, un visage d'enfant,
                                                                                     un homme inconnu, un vieux sourire,
                                                                                     une icône reconnaissable, sous le prisme
                                                                                     de Leila Alaoui, le monde changeait de
                                                                                     spectre. C'est là sa générosité, son
                                                                                     offrande d'artiste habitée par l'amour
                                                                                     des humains. L'amour de la vie. Elle
                                                                                     a photographié la misère, des enfants
                                                                                     oubliés sur le macadam des jours, des
                                                                                     vieux avec tout le poids d’une existence
                                                                                     lourde, mais allégée par une certaine
                                                                                     philosophie de la vie, sans fatalisme ni
                                                                                     fatalité. Juste une acceptation d’être
                                                                                     là, de faire son bout de chemin, d’en
                                                                                     assumer les douleurs, les souffrances,
                                                                                     les ratés et les moments de joie.
                                                                                     Leila Alaoui, à son habitude, ne prenait
                                                                                     pas de gants quand il s’agissait de cerner

                                                                                     les pourtours floues de son Maroc et de
                                                                                     ses Marocains, comme dans sa désor-
                                                                                     mais célèbre série homonyme. Désar-

                                                                                     çonnées, les figures qui arpentent la vie
                                                                                     sous l’objectif au lyrisme cinglant de Leila
                                                                                     Alaoui, rendent compte de leur existence
                                                                                     entre espérances, désillusions et rêves.

                                                                                     Ou alors, toutes ces figures captées par
                                                                                     l’objectif de Leila Alaoui poussent l’inanité

                                                                                     du songe et de la vie à leurs confins les
                                                                                     plus froids, dans une vision métallique
                                                                                     de la vie et partant de toute une mémoire





                                                                                          Février    2016    VH magazine   35
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