Page 49 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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❛❛  Soumaya Naamane Guessouss,
                 sociologue
                “ ELLE AVAIT UNE BELLE MISSION                      ❛❛  Ghita el Khayat, psychiatre
                 DE VIE ”

                J’ai connu une flamme pétillante, elle était une fille débordante de   “ J’ESPÈRE QUE LE MAROC SAURA LUI

                 vie et d’énergie, elle était humaine. Elle avait beaucoup d’ambition   RENDRE HOMMAGE ”
                 et de passion. Elle a laissé une œuvre et une touche spéciale. Elle   J’étais justement en train de lui écrire un hommage. Je voulais lui
                 était une citoyenne du monde. Elle reflétait la paix et prônait la   dire merci Leila pour le portrait que vous avez fait de moi. Je me

                 tolérance. Elle avait une belle mission de vie, à travers son métier,   souviens de votre gentillesse mais surtout de votre pudeur. Merci
                 elle nous rapportait la beauté. Je suis profondément touchée par   de m ‘avoir offert le livre de vos photos. Je ne vous oublierai jamais.

                 sa disparition à la fleur de l’âge. C’est une mort inutile, c’est de l’in-  Leila était une professionnelle, elle était une vraie artiste, elle ne

                 justice. Ce n ‘était pas son combat, elle n’était pas du tout dans cet   cherchait pas à briller ou se faire connaitre et c’est pour cela que
                 obscurantisme. Elle était très loin de cette cruauté. C’est triste de   j’ai parlé de pudeur. Elle avait la vraie stature d’une grande artiste.

                 voir la flamme de notre jeunesse mourir pour un combat qui n’est   Elle aimait mettre de la lumière sur les gens mais préférait travailler
                 pas le leur. Nos cœurs saignent pour Leila et pour sa famille.
                                                                     dans l’ombre. Je l’associe avec le professeur d’architecture mort
                                                                     à Paris et l’étudiant marocain disparu dans les attentats de Paris.
                                                                     Tous les trois sont morts pour rien. J’espère que le Maroc saura lui
                                                                     rendre hommage. Merci Leila pour l’œuvre et la beauté que vous
                ❛❛  Samia Tawil, musicienne                          nous avez offertes.

                JE M’IDENTIFIE
                Je m’identifie à ce jeune gnawa au regard dé-  capacité de pénétrer ces univers… Telle une

                 terminé, à ses mains frêles, prêtes à entonner   noble traductrice, tu as joué le rôle de mes-
                 l’un de ces rythmes qui nous rappellent d’où   sagère ; une prophétesse silencieuse qui n’a
                 l’on vient, à sa peau ocre que tu as su illumi-  pour seule arme de conviction que la droi-
                 ner de ta lumière si pure, si juste.  ture de sa démarche.

                Je m’identifie à ce vendeur d’eau, qui abreu- Je m’identifi e à la folie de ton idéalisme, de
                 ve le monde de sa fière beauté.    tes ambitions pour changer des mentalités


                Je m’identifie à cette diseuse de bonne aven-  trop aveugles.
                 ture, à ses mains usées par la vie, à l’insaisissa- Je loue l’espoir que tu as su répandre, le vif
                 ble de son regard qui nous nargue presque,  de la lueur dans tes yeux, je porte à bout de
                 tant la fatalité est chose fourbe.  bras ta mixité, ton cosmopolitisme. Je vais


                Je m’identifie à ton œuvre, Leila. À la subtilité   même jusqu’à m’identifier à tes traits, et
                 de ta démarche artistique. Tu as su ressusci-  c’est en ma chair aujourd’hui que je porte
                 ter des cultures malheureusement souvent   ton deuil.
                 négligées, des parcours ignorés, raviver aux  Je prie dans l’insensé de cet instant et le
                 regards des personnes trop pressées les re-  prends comme un rappel du chemin qu’il

                 flets d’un miroir qu’elles ne savaient plus exis-  nous reste à parcourir dans le combat contre

                 ter en leur âme, qu’elles pensaient éteints.  l’indifférence ; cette mer qui nous sépare
                 Mais je m’identifie aussi à ton âme.  de nous-mêmes, nous allons la franchir, ne


                Je m’identifie à ce combat d’une jeune fem-  t’inquiète pas, nous ne décevrons pas tes
                 me dont la passion pour ce monde n’a d’égal   espoirs.
                 que la foi en la vie. Voyager et rapporter un  J’embrasse tes paupières fermées, gardien-
                 témoignage à ceux qui n’ont pas la chance   nes de tes utopies, et m’engage à les porter
                 d’accéder aux abysses des beautés et des   autant qu’il me sera possible, car j’ai trouvé
                 douleurs que tu dévoiles, qui n’ont pas la   en ce révoltant malheur une sœur de cœur.
                                                                                          Février   2016    VH magazine   49
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