Page 51 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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❛❛  Yves Boukari Traoré, directeur de la section
                  Amnesty International Burkina Faso

                 “ LA MORT L’A PRISE TROP TÔT ”

                 “J’ai rencontré Leila Alaoui quelques temps après son retour de New
                  York où elle a fait ses études. Ce fut en 2009 si mes souvenirs sont
                  bons. Elle avait réalisé un livre sur les portraits de quelques artistes,
                  une manière selon elle, et comme elle me l’avait expliqué, de connai-
                  tre la scène artistique marocaine. Depuis je la rencontrais au gré des
                  vernissages, à Casablanca ou à Marrakech. Il arrivait que je découvre
                                    une ou deux photos d’elle dans une expo-
                                    sition collective mais jamais son album au
                                    complet. C’est en général ma manière avec
                                    les jeunes artistes je leur laisse le temps de
                                    mûrir leur travail avant de revenir vers moi.
                                    Mais quand j’ai eu la responsabilité de la
                                    grande exposition Le Maroc contemporain   ❛❛  Moulim Laâroussi,
                                    à Paris, j’ai cherché à la voir. J’ai d’abord   écrivain et critique d’art
                                    regardé ce que des galeristes, des collec-
                                    tionneurs ou ses amis avaient de son travail,   “ SON ŒUVRE RESTE
                                    avant de m’adresser à elle directement. Je   INACHEVÉE ”
                                    ne l’ai pas rencontrée directement car elle
                                    commençait déjà à fréquenter Beyrouth et   “C’est une grosse perte pour la scène artistique maro-

                                    il était difficile de la contacter. Mais à l’ESAV   caine.

                                    (Ecole Supérieur d’Art Visuel de Marrakech)   Son regard nouveau et audacieux a donné un souffl  e
                                    je suis tombé, grâce à Abdelilah Hilal (Direc-  à la photographie marocaine.
                  teur technique) et Vincent Milleli (Directeur) sur sa vidéo. Au même   J’ai eu en 2014 l’occasion de la revoir au musée de
                  moment se tenait la Biennale de Marrakech et elle y participait; mais   la palmeraie à Marrakech lors de l’exposition “In-
                  elle arrivait au moment où je quittai la ville pour Paris, nous avons   soumission” organisée à l’occasion du forum mon-
                  juste eu le temps de nous mettre d’accord sur les modalités de sa   dial des droits de l’homme où elle a présenté un
                  participation.                                             travail remarquable. Pleine d’énergie,elle aurait pu
                  Nous avons donc, J.Hubert Martin et moi décidé d’exposer cette   faire encore bien d’autres belles choses pour son
                  vidéo qui montrait déjà son intérêt pour l’Afrique. Malheureusement   art. Sa vie, si injustement raccourcie, comme son
                  la mort l’a prise trop tôt et on attendait encore beaucoup d’elle.  œuvre resteront inachevées. Mais l’histoire gardera
                                                                             sa mémoire.”



                 ❛❛  Abderrazak Benchaâbane, photographe

                 “ LEILA DONNE DE LA VISIBILITÉ AUX
                  PERSONNES INVISIBLES ”

                 “Les personnages qu'elle photographie nous regardent toujours
                  dans les yeux. Leila donne de la visibilité aux personnes invisibles
                  et c'est la raison qui l'a emmenée au Burkina Faso pour mettre en
                  lumière les femmes de ce pays. A regarder ses clichés, on sent
                  une sincérité et une grande assurance en soi, en particulier sa
                  série "Les Marocains". A travers son regard et leurs regards, elle
                  nous adresse un message, “ne Jamais baisser le regard quoique
                  ce soit”. En militante photographe et artiste, elle nous lègue des
                  œuvres à ne pas oublier ni laisser aux mains des vautours de
                  l´art. Son patrimoine et ses messages sont les notres. j´en serais
                  porteur. Si Richard Avedon s’est fait une place dans l´histoire de
                  la Photo par le portrait des Américains, Leila marchait sur ses
                  pas avec les éblouissants "Marocains”




                                                                                           Février   2016    VH magazine   51
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