Page 53 - VH Magazine N°187 - Novembre & Décembre 2020
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PrIsOn-sOcIété : permettant aux ex-détenus de vivre dante ne s’occupant que des mineurs
PréParatIOn à La sOrtIe en conformité avec les normes et en conflit avec la loi afin de prévenir
De PrIsOn les valeurs sociales, et de subvenir efficacement la délinquance, tout en
« Dans les établissements péniten- adéquatement à leurs besoins. Une misant sur une approche éducative
tiaires, nous assurons des activités véritable politique de la réinsertion pour accompagner cette population et
de préparation à la sortie de prison. des sortants de prison passe par la en prenant en compte leurs besoins
Dans ce sens, nous chapeautons des modernisation et l’humanisation du sociaux et psychologiques – parce
ateliers d’art-thérapie, de lecture, de système carcéral, se consolide par qu’il y a tendance à ne pas les intégrer
photographie, nous sommes parte- le déploiement d’actions et de dispo- dans l’équation- avant de déboucher
naires du Festival du film à Oukacha, sitifs de préparation à la sortie, et se sur une poursuite pénale. Relais ne
etc. Mais le plus difficile dans l’ex- relaye par un travail post carcéral à se situe donc clairement pas dans la
périence carcérale, ce n’est pas tant travers des structures/relais orientés forme actuelle de la justice au Maroc,
le « séjour » carcéral que la sortie vers l’insertion socio-économique des c’est-à-dire la justice punitive.
de prison, la libération. Les liens ex-détenu(e)s.
d’un ex-détenu avec l’Administration réInsertIOn
pénitentiaire se rompent complète- La LéGIsLatIOn aU MarOc : PrOfessIOnneLLe
ment dès qu’il franchit le seuil de la entre réIntéGratIOn POUr La prise en charge des bénéficiaires
prison. Alors se pose la question : tOUs OU jUstIce PUnItIve passe par les étapes de l’accueil
qui est censé prendre le relais ? ». « Nous faisons du plaidoyer. Je pense qui permet de cerner les besoins
Si ce travail de préparation à la réin- notamment, à la situation des mineurs qui peuvent varier de la réhabilita-
sertion entrepris en prison ne trouve en conflit avec la loi qui est qualifiée tion juridique, recherche d’emploi,
la formation, ou la consolidation de
maitrise de compétences. Ce n’est
que passée cette étape d’écoute des
bénéficiaires que s’ensuit, celle du
traçage conjoint du parcours de la
réinsertion qui s’accomplit dans le
processus du suivi et de l’accompa-
gnement individuel pour la réalisation
du projet convenu. « Parallèlement,
une prospection sur les opportunités
d’emploi ou stages est menée avec lui
auprès de notre réseau d’entreprises
partenaires, des Agences de l’emploi
et des organismes de formation. Telle
est la trajectoire des ex-détenus que
nous accompagnons. Rien qu’entre
2018 et 2020, ce sont 345 usagers du
service d’insertion professionnelle que
nous avons accompagnés, 312 offres
d’emploi que nous avons gérées, 70
insertions que nous avons assurées et
pas de relais pour accompagner le de lamentable par la DGAPR et le 5 conventions que nous avons signées
sortant de prison, pour affronter les CNDH ». Sur la base de l’article 40 avec des entreprises ».
différents aléas, le risque de récidive de la Convention des droits de l’en-
prend alors des proportions alar- fant qui stipule que « tout enfant en tOUt Un chaLLenGe…
mantes. C’est dans ce sens, que le conflit avec la loi a le droit d’être traité Dans notre société, où les juges
travail post-carcéral, constitué de d’une manière qui tienne compte de sont portés excessivement sur les
structures d’accueil et d’accompa- l’opportunité de promouvoir sa réin- sanctions de la privation de liberté,
gnement prend, à ce niveau-là, tout tégration, et aussi d’assumer un rôle même pour les petits délits, l’ab-
son fondement. La réinsertion post- constructif dans la société », Relais sence de mécanismes de probation,
carcérale reste le moyen le plus effi- a présenté un mémorandum visant ainsi que les peines de substitution
cace pour lutter contre la récidive en la création d’une institution indépen- ou les peines alternatives comme le
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