Page 58 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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DOSSIER  I I  Destins brisés




                 Majda Abdelouahab

                UNE VOIX QUI NOUS MANQUE





                                                                                     et en fera un tube consacré par le prix de la
                 VOIX INOUBLIABLE DE LA CHANSON
                                                                                     chanson de la saison 1981.
                 MAROCAINE MODERNE, MAJDA BLIDI,                                     « Où tu es ?/réveilles toi de tes songes/tourne
                 PLUS CONNUE SOUS LE NOM MAJDA                                       la page et dis-toi que t’as oublié/je suis en face
                 ABDEOUAHAB, NOUS A QUITTÉS EN                                       de toi/comme si je n’avais jamais aimé. »
                 1992. ELLE AVAIT 30 ANS.                                            L’interprétation de Majda Abdelouahab, avec
                                                                                     sa grâce juvénile, restera dans les annales
                                                                                     de la chanson marocaine. L’artiste Egyptien
                  F     « Fat el fout ». Qui ne fredonne                             Mohamed Abdelmotaleb ne disait-il pas que
                                                                                     son « énergie vocale est la quintessence
                        pas encore aujourd’hui quelques
                        couplets de ce refrain indémod-
                                                                                     En voyageant dans le monde arabe, elle la
                 able? Après le succès phénoménal de                                 d’Ismahan, Laila Mourad et Fayrouz réunies » ?

                 « Jrit ou jarit », le parolier Ali Hadani et le                     faisait apprécier, sans difficulté, à des oreilles
                 compositeur Abdelkader Wahbi, préparaient   et lui soumettent le premier couplet qu’elle   orientales réticentes au dialecte marocain.
                 deux autres chansons pour Naima Samih.   chanta avec grâce. La chanson a trouvé fi na-  La casablancaise, née en 1962, et à qui le
                 Les choses de la vie ont empêché le projet   lement sa voix. Pendant des semaines, le   milieu artistique promettait un fl orissant
                 d’aboutir et le texte de « Fat el fout » macérait   parolier et le compositeur faisaient la navette   avenir a disparu dans un tragique accident
                 dans un tiroir. Après maintes recherches, ils   Rabat-Casa pour répéter avec elle au sein   de la route entre Kénitra et Rabat. Dans sa
                 apprennent l’existence à Casablanca d’une   de sa famille. Une fois la chanson prête, ils   chanson fétiche, elle entonnait : « grâce à dieu
                 jeune chanteuse au nom de Majda Blidi, issue   l’enregistrèrent avec l’orchestre national. Et   j’ai échappé à la mort/la passion m’a soignée
                 d’une famille de musiciens. Ils la contactèrent   dés sa première diffusion le public l’adopta   et j’ai guéri »!




                 Abbès Saladi

                UN UNIVERS ONIRIQUE





                                                   jusqu’à l’obtention du bac en 1972, ainsi que   Mazière qui l’intègre
                 UN ARTISTE ET UNE ŒUVRE QUI SE
                                                   d’un DEUG de philosophie en 1976.  au groupe de la galerie
                 REFUSENT À TOUTE CLASSIFICA-
                                                   Sa santé psychique se fragilise, on l’interne à   l’Atelier à Rabat.
                 TION. ABBES SALADI S’EST ÉTEINT, À
                                                   l’hôpital Razi de Salé. « Là l’envie de peindre   Un peintre dans le vent
                 L’INSTAR DE L’UNE DES BOUGIES QUI
                                                   le saisit. Il obtient de sa mère, qui lui rend   qui se vend.
                 HANTENT SON IMAGINAIRE CRÉATIF,   visite, du papier et de la gouache. » écrit le   Saladi, qui succomba
                 LE DIMANCHE 6 SEPTEMBRE 1992.     critique Farid Zahi. De retour à Marrakech, il   suite à une maladie
                 IL AVAIT 42 ANS.                  s’installe chez sa sœur Hlima et se consacre   nous lègue une œuvre à la thématique
                                                   à sa passion dévorante. Taciturne, solitaire, il   originale. Inspirée de la ville ocre, elle nous
                                                   trouve refuge dans la création. Ses premières   propose un monde surréaliste de rêves incon-
                  N     Né en 1950, nommé Abbes en   toiles sont exposées et vendues par sa sœur   scients, hantés de personnages hybrides, de
                                                                                     minarets, de coupoles, d’oiseaux et d’une
                        référence à Abou al abbas Sebti,  sur la place Jamaa El Fna. Il déclara, au
                                                   cours d’un entretien avec Tania Bennani
                        saint patron de Marrakech, Saladi
                                                                                     l’univers des amuseurs publics de la place
                 est orphelin de père, coiffeur de son métier,  Smires, « cette expérience m’a apporté peu   végétation luxuriante. Des scènes très BD de
                 à l’âge de trois ans. Sa mère le confi e à un   d’argent mais elle m’a encouragé à continuer   des miracles.
                 oncle à Casablanca. Ce dernier tenait une   à peindre. »
                 gargote où l’on sert du poisson frit. Abbes   Sa première exposition est organisée à la   BIBLIO.
                 l’aidait dans son commerce. Loin d’être   bibliothèque de l’American langage center en   Farid Zahi, Abbès Saladi, un monde féerique,
                 considéré comme un membre de la famille,  1978 grâce a son directeur qui a remarqué   Editions Marsam, collection Regards Obliques,
                 il se refugie dans les études, cours du soir,  son travail. En 1979, il rencontre Pauline de   Rabat, 2006.


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