Page 59 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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Houcine Saloui

                 LE TROUBADOUR DE LÉGENDE







                 SES REFRAINS, INDÉMODABLES,                                                    Ay ay ay sur cette époque
                 SONT TOUJOURS SUR NOS LÈVRES.                                                  et ce qu’elle est devenue.
                 HOUCINE SLAOUI, QUI CONCILIA LES
                                                                                                Les américains ont
                 RYTHMES FOLKS MAROCAINS ET LES
                                                                                                débarqué.
                 MODES ORIENTAUX, DISPARAÎT EN 1951.
                 IL AVAIT 30 ANS.                                                               Des gens se sont enrichis.
                                                                                                Nos femmes ne nous
                                                                                                respectent plus.
                  C     C’est à Salé, Salwania comme il                                         Même les mamies ont mis
                        aimait l’appeler affectueusement,
                                                                                                la voilette
                        que Houcine Slaoui à vu le jour
                 en 1921. Il perd son père en 1923, ainsi que                                   et se sont mises, à coeur
                 son grand frère Abdelkader trois ans plus
                                                                                                joie, au Chewing Gum.
                 tard. Sa mère Aicha R’batia s’occupe du
                 seul enfant mâle qui lui reste en compagnie                                    Les mariées ont trouvé
                 de ses trois sœurs, Zohra, Fatima et Amina.                                     des excuses

                 Elle le confie à l’école coranique où au
                                                                                                Et quittent foyers
                 lieu de psalmodier le coran, il le chante.
                 Ses amis l’imitent ce qui a exaspéré le                                        et époux.
                 Fkih qui le renvoie chez lui. Un tailleur
                 de Djellabas traditionnelles l’initie au
                 métier. Le Maalem se rend compte de la

                 disparition de fils, piqués par notre futur                                     maghrébine avec les meil-
                 artiste pour confectionner un instrument                                       leurs musiciens et hante les
                 à cordes. Il est renvoyé une deuxième fois.                                    troquets et cabarets de la
                 Dans la solitude du cimetière Benacher,                                        ville lumière. En cette même
                 il s’adonne à sa passion, le chant et la                                       année 1948, le hasard a
                 musique. Il avait à peine 8 ans. Son rêve                                      voulu qu’il enregistre « Ayli
                 c’est de devenir le grand Hlayki, amuseur                                      ayllali », Samy Elmaghribi
                 public, du pays. A Salé et Rabat, il passait                                   une série de chansons dont
                                                   Houcine Slaoui (1921-1951) dans l’une des belles
                 son temps dans ces cercles, notamment                               « choubban arriyyada », « nachid al malik »
                                                   pochettes illustrées de Pathé Marconi. (Source
                 ceux de Moulay Bouih et Boujamaa El                                 et Mohamed Fouiteh « Lahbib a lahbib ». Ce
                                                   Bledmag.)
                 Farrouj. Ces derniers décèlent chez lui                             dernier, qui chantait du classique arabe, a
                 de grandes potentialités et Boujamaa lui                            enregistré la fameuse « Awmaloulou », sur
                 offre son « Sdassi », guenbri à 6 cordes. Il                        les conseils d’Ahmed Hachelaf, directeur
                 finit par intégrer le cercle de Moulay Bouih   Ce dernier qui possédait les éditions   artistique chez Pathé Marconi, inspirée

                 à l’âge de 12 ans. Plus tard, il commence   Boudroiphone, route de Médouna, lui   par l’expérience de Slaoui.
                 à sillonner les villes du pays tel un trou-  enregistre son premier disque en 1941,   L’œuvre de Houcine Slaoui, d’une moder-
                 badour et à apprendre les chants et les   « Hahoua tani ». Après sa participation à   nité inouïe, ne cesse d’inspirer depuis.
                 rythmes de chaque région.         l’exposition universelle de 1936, Il retourne   Ses refrains ne sont-ils pas repris par
                 A Casablanca, il installe sa Halka à la   en France au début des années quarante   son fils le regretté Mohamed, son petit

                 place Al Baladia de Derb Soltane, à côté du   et commence à enregistrer chez Pathé   fils Hatim et d’autres musiciens à l’instar

                 cercle de Maddaha Mbarka. Cette dernière,   Marconi avec « A rassi ou ma daz aalia ou   d’Enrico Macias, Maurice Mediouni et autre
                 s’aperçevant qu’il lui pique sa clientèle,   baki ». En 1944, il écrit et compose sur le   Barry ?
                 s’arrange avec lui pour former une seule   bateau « Ya mouja ghanni », enregistrée   Malade, il rentre au Maroc en 1951, enton-
                 troupe. Elle l’invite à s’installer chez elle   à Marseille avant qu’il arrive à Paris. De   nant son dernier morceau « Ya ghrib Lik

                 et le marie à sa fille, Lakbira.   1944 à 1948, il ne cessa de faire des allers   allah », « étranger, il ne te reste que Dieu ».
                 La rencontre avec Ahmed Boudaroua a   retours entre les deux pays. En 1948 il   Décédé le 16 avril 1951, Il est enterré au
                 été décisive dans son parcours.   s’installe à Paris, constitue une troupe   cimetière Sidi Belabbès à Salé.


                                                                                           Février    2016   VH magazine  59
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