Page 61 - VH Magazine N°146 / Février 2016
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Bouchaib El Bidaoui
LE MAÎTRE DU MERSAOUI
Z Zoubir Bouchaib El Bidaoui est Mohamed Kibou, alias le Maréchal…du
né à Derb Dalia, dans l’ancienne
violon, Bouchaib Ould Zliga, virtuosedu
luth, et Milouda Bent Dernounia. Le groupe
médina, en 1929. Issu d’une
famille modeste en provenance des envi- entame un grand travail de revalorisation
rons de la ville, il fait partie des enfants du répertoire Mersaoui en ressuscitant les
inscrits dans l’une des premières écoles anciennes Ayta, dépoussiérées et mises au
modernes de Bousbir Lakdim. En 1948, goût du jour.
il décroche un certificat de comptabilité, Sa collaboration avec le dramaturge Bachir
ce qui lui permet d’être embauché par Laalej, jouant les rôles féminins en compagnie
un avocat français proche du mouvement de Kadmiri, Souiri, Lahrizi et Boujamâa au
nationaliste. cours de l’émission radiophonique hebdo-
Bien qu’il écoute les chansons de l’époque, madaire « Idhak Maai », ne fait qu’accroître
sa vraie rencontre avec sa notoriété. Les enreg-
« Al Ayta » remonte au istrements ne tardent
moment où il travaillait pas à venir. Les 45
dans un pressing. En tours du maître se
FIGURE INCONTOURN- s’occupant des Caftans vendent comme des
ABLE DE LA CHANSON POP et Jellabas des Benjdia, petits pains et le public
MAROCAINE, BOUCHAIB EL il fait la connaissance du citadin fredonne les «
patriarche, qui l’invite Rkoub lkhail »,
BIDAOUI NOUS QUITTE LE 25
aux grandes fêtes organ- « Ma chtou lghzal »,
MAI 1965. IL AVAIT 35 ANS.
isées par la famille, où « Kharboucha
sont conviés les grands mannana »,
Cheikhs et Chikhates « Lhaddaouiyat »,
de l’époque. Epris des « Rjana f’laali »…
rythmes et des chants Des textes poly-
de ces blues des plaines sémiques où il introduit
atlantiques, il ne raterait des vers allusifs à
pour rien au monde l’Occupation, avant
les soirées de Laâr- de composer son
jounia, connues pour sa fameux
maîtrise du Mersaoui et « Khoutna ya l’islam »,
du Hasbaoui et pour sa beauté fatale, et chant patriotique en hommage à la résis-
de sa consœur Hajja Rouida, dont l’un des tance d’«Oulidat Chaouia». Celui qui a
premiers enregistrements remonte à 1934 illuminé les nuits du Coq d’Or, les scènes
chez Baïdaphone. Maîtrisant la Târija, il des cinémas Médina, Verdun, Al Kawakib…
finit par faire partie de la troupe de cette l’espace des Arènes et le théâtre municipal,
dernière, en compagnie de Khaddouj Bent une première pour une troupe populaire,
Loukid, Zohra Tchikito et Bent Lakhila. est décédé à l’hôpital Avicenne de Rabat
Bouchaib, devenu un nom incontournable dans le dénuement, l’oubli, l’anonymat total
de la scène, lance sa propre troupe avec et l’ingratitude générale !
Février 2016 VH magazine 61

