Page 85 - VH Magazine N°187 - Novembre & Décembre 2020
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quelque chose. Si je sens que je de souffle, de patience et la
n’ai pas ma place dans le projet, patience se double de passion
je ne le prends pas. Le sujet, le qui est fondatrice pour la fabri-
traitement, l’intention, la sensi- cation des films. Il faut aussi
bilité, le/la réalisateur.trice… être prêt.e à échouer sans
Autant dire que les raisons sont perdre la force de se relever tout
multiples. Il faut que ça puisse en apprenant de ses erreurs.
me parler à plusieurs niveaux, et Comme tous les métiers, il faut
cela dépend de mon inspiration aussi l’expérience nécessaire
et mes sensibilités du moment. et donc connaître les rouages.
Ensuite, il y a toute la partie rela- Comme tout maître d’orchestre
tionnelle avec le.la réalisateur. un. e producteur.rice doit faire
rice, il est essentiel que l’entente preuve d’audace tout en restant
et la compréhension soient au exigeant.e autant avec soi
rendez-vous. qu’avec les autres.
Chaque film est une aventure La flexibilité intelligente, car
en soi. Une histoire d’amour au Maroc nous en sommes
passionnée. On ne peut jamais encore à un travail artisanal.
savoir si ça va marcher, mais La patience qui est une qualité
tout comme les histoires extrêmement rare, car à cette
d’amour réussies, avec ère du numérique nous avons
beaucoup d’efforts et de travail l’impression que tout doit venir
on arrive souvent à un résultat tout de suite…
dont on est fier au final.
Quel est aujourd’hui le cursus
Quelles sont les principales pour faire votre métier ?
qualités d’une bonne produc- Il n’y a pas de cursus type pour
trice ? devenir producteur.rice. Tout
Un.e producteur.rice est passionné de cinéma et avec un
d’abord un esthète, qui aime le bagage d’étude en droit, économie,
cinéma et les arts en général. gestion, ou commerce... des
compétences très précises Qui est partageur, et qui n’a matières essentielles pour aller
cumulées pour un objet d’art pas forcément de velléité de vite dans la compréhension du
aussi complexe qu’un film. créateurs, car c’est un autre domaine…
On ne peut pas s’improviser volet, les gens cumulent les Il y a bien évidemment l’ESAV
lecteur de scénario comme on fonctions : producteur, réalisa- qui propose des programmes à
ne peut pas s’improviser chef teur, scénariste, acteur, compt- destination des futurs réalisa-
opérateur, ou ingénieur du son, able, caissier… et ce n’est pas teurs, techniciens et dont les
ou réalisateur ou scénariste… toujours la bonne démarche ; formations sont très bonnes
d’où l’intérêt de profession- on n’a qu’une seule énergie et comme base pour devenir
naliser, c’est-à-dire mettre il faut la mettre là où c’est plus producteur.
plus de gens de la profession, important. Mais je dirai que les ingrédients
car un responsable politique Le premier talent est un talent essentiels c’est la générosité,
ne peut être un bon lecteur de humain ; la capacité d’écoute, la cinéphilie, la passion pour
scénario. de s’enthousiasmer et savoir toute les formes d’art et la curi-
dire les choses, de guider osité…
Comment choisissez-vous quelqu’un qui peut être étourdi La production est un métier qui va
un projet à accompagner ? par son ego, sa propre jouis- à certaines personnalités, c’est
Cela varie d’un projet à un sance d’avoir fini un scénario, un métier d’accompagnement
autre… Mais l’essentiel, c’est son propre contentement. et la gestion de son ego est
que je puisse me retrouver Le cinéma est un travail essentielle, car il s’agit d’être
dans le projet pour y apporter d’endurance qui a besoin au service de l’auteur.
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