Page 108 - VH Magazine N°189 - Mars & Avril 2021
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dolce vita I I Livresse
A livre ouvert
Dans ses romans, elle explore le thème De l’enfermement, le rapport
à la mémoire et à l’espace, les métamorphoses et les failles minus-
cules qui se glissent Dans l’espace De l’intime, mais également les
enjeux qui fonDent notre rapport à l’émancipation. a livre ouvert
avec lamia BerraDa-Berca.
Le dernier Livre que vous avez lu
Un PromeneUr solitaire dans la foUle, de Antonio Munoz MolinA
l s'agit d'un promeneur urbain que ses pérégrinations emportent d’une ville à l’autre, et qui
Ireconstitue au travers de cette flânerie magique un kaléïdoscope de sensations, de visions, de
bruits et de perceptions qui rendent compte de la diversité, de la singularité, de la place que peut
occuper chaque chose, même infime, dans notre voyage de vie… Le regard que le promeneur porte
sur chaque chose traduit puissamment sa manière d'être au monde, chaque fragment développant à
travers son champ de perceptions une leçon de vie née de l’expérience vécue, que symbolise un titre
en forme de proclamation, de questionnement, d’exhortation, de maxime ou d’oracle... En lisant, on
se sent assister au dépliement sensible d’un film de vie qui enchaîne les arrêts sur image comme
pour embrasser le sens global de tout ce qui le remplit, sans jamais en épuiser la veine. Quelque
chose entre le collage surréaliste et le livre au long cours, placé sous la bannière des rêveries
baudelairiennes, du rapport à l’espace/temps de Fernando Pessoa et de Walter Benjamin, et sous
le credo artistique de cette réflexion de James Joyce, placée sciemment en exergue : «On ne devrait
jamais planifier un livre à l’avance, mais le laisser se former lui-même au fil de l’écriture, au gré des
injonctions et des émotions perpétuelles de sa personnalité.» Inspirant !
Le Livre qui vous a fait pleurer
ellis island de GeorGes Pérec
e ne dirai pas qui m’a fait pleurer, mais qui m’a remuée...Parce qu’il touche à la question de l’exil,
Jet que nous sommes tous, je pense, d’une certaine façon des exilés dans ce monde. Des exilés
en quête d’une manière harmonieuse de l’habiter pour y trouver notre juste et véritable place… Ellis
Island de Pérec, texte aussi court que dense, a servi de voix-off au film éponyme de Robert Bober
réalisé en 1980 et restitue avec force la mémoire de « l’île des larmes », lieu de transit et d’espoirs
fous pour 16 millions de migrants. Si l’écrivain cherche à épuiser le sens de ce lieu en l’abordant
au départ dans le cadre d’une approche documentaire, sous forme d’inventaires, ce qui en fait
rapidement un véritable objet littéraire, c’est la manière dont la pudeur de sa réflexion fait entendre
en creux la réalité indicible de l’exil, « le lieu de l’absence de lieu ». Ce qui affleure, ce qui finit par
émerger d’éminemment personnel et de douloureux de l’histoire de Pérec apporte un écho vibrant
de résonances intimes à ce pan de la grande Histoire, et lui procure cette puissance émotionnelle,
authentique et juste.
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