Page 34 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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✈      DOSSIER   AVIATION







                                      LE FABULEUX MÉTIER



                                      DU COMMANDANT BEKKARI

















                                                                          Qui ne rêverait de vivre sa profession dans un bureau
                                                                          avec vue sur la terre entière ? A l’issue de son parcours
                                                                          universitaire, Mohamed Bekkari a été successivement
                                                                          copilote puis commandant de bord à Royal Air Maroc qu’il
                                                                          a intégré en 1977. Lui qui a plusieurs tours du monde à son
                                                                          compteur (environ 20.000 heures de vol) nous confi e qu’il
                                                                          exerce d’abord une profession à très haute responsabilité
                                                                          dont les maîtres mots sont rigueur et anticipation

                                                                          DOSSIER RÉALISÉ PAR AICHA ALQOH PHOTO : MUSTAPHA ERRAMI


                                                                            Racontez-nous votre    restant bien à l’écart des zones
                                                                          début de carrière.       hostiles) au travers de cette
                                                                            Mon premier vol, effectué   chaîne nuageuse de plus de
                                                                          en Boeing 727 au début des   400 km de large. La proximité
                                                                          années 80, je le revois encore   des formations nuageuses
                                                                          comme s’il datait d’hier. Il   faisait tanguer l’avion. Et, par
                                                                          s’agissait d’un Casablanca-  intermittence, les pare-brise
                                                                          Conakry. Je débutais ma   commençaient à se couvrir
                                                                          carrière de copilote. Lors de la   de couches de glace d’une
                                                                          préparation du vol, selon nos   vingtaine de centimètres
                                                                          calculs, nous avions besoin   d’épaisseur. Par moment,
                                                                          de 20 tonnes de carburant   nous ne voyions plus rien
                                                                          et le commandant demanda   devant. La tour a annoncé que
                                                                          24 tonnes. Il s’est ensuite   la piste était inondée du fait
                                                                          tourné vers moi et m’a dit,   de l’intensité des averses. Le

                                                                          en souriant, qu’il avait quatre   radar confirmait l’impossibilité
                                                                          enfants et prenait donc une   de débuter l’approche. Nous
                                                                          tonne en plus pour chacun   sommes donc restés en attente
                                                                          d’eux ! Le début du vol s’est   à une trentaine de kilomètres
                                                                          déroulé paisiblement, mais   du terrain. Dix, vingt, trente
                                                                          la situation météo à l’arrivée   minutes, le carburant diminuait
                                                                          s’annonçait orageuse. Je   de manière inquiétante. Il a
                                                                          débutais ma carrière et   donc fallu opter rapidement
                                                                          j’étais serein du fait que… le   pour le déroutement vers
                                                                          commandant était serein. Mais,   un terrain de dégagement.
                                                                          en début de descente, le radar   Heureusement, alors que
                                                                          météo était chargé d’échos de   nous étions face à la piste, la
                                                                          nuages menaçants et il a fallu   masse, qui se déplaçait, nous
                                                                          effectuer un vrai slalom pour   a offert une petite brèche.
                                                                          se frayer un chemin (tout en   Décision immédiate du CDB :



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