Page 64 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
P. 64

LE  QUARTIER  DU MAÂRIF  CONSTITUE  L’ÂME  DE  LA
                                                                           VILLE DE CASABLANCA. QUELQUE 44.000 MAÂRIFIENS
                                                                           D’ORIGINE PRINCIPALEMENT ESPAGNOLE, ITALIENNE,
                                                                           GRECQUE ET MAROCAINE Y VIVAIENT JUSQUE DANS
                                                                           LES ANNÉES 60. AUJOURD’HUI, LES MAÂRIFIENS
                                                                           SONT ÉPARPILLÉS DE PAR LE MONDE, MAIS SONT
                                                                           RESTÉS FIDÈLES À LEUR QUARTIER D’ORIGINE. AU
                                                                           TRAVERS DE LEURS TÉMOIGNAGES, NOUS AVONS
                                                                           PU RECONSTITUER LE PASSÉ DE CE QUARTIER À
                                                                                      L’HISTOIRE SI PARTICULIÈRE.
                                                                                               PAR OMAR MRANI





                  IL ETAITUNE FOIS



                 LE MAARIF


















                                                                           Un samedi après-midi dans les venelles bondées du Maârif. C’est
                                                                           ici que le tout Casa vient faire ses courses, flâner devant les vitrines

                                                                           scintillantes des franchises, prendre un café au pied des tours ou
                                                                           draguer pour les plus esseulés. C’est un samedi ordinaire dans la vie
                                                                           de ce quartier commerçant et populaire réputé pour être, en week-end,
                                                                           le lieu de passage obligé des Casablancais en goguette. Le nouvel
                                                                           écran géant placé récemment au-dessus de l’enseigne Mc Donald, et
                                                                           diffusant des images publicitaires en continu, ajoute à l’aspect « Time
                                                                           square » qui, avec la construction du Twin center dans les années 90,
                                                                           donne des allures new-yorkaises à un quartier qui s’est toujours projeté
                                                                           au-delà de sa ville, de son pays, voire de son continent. Et pour cause !
                                                                           Construit au début du siècle dernier à l’ouest de Casablanca, en dehors
                                                                           du périmètre urbain tel qu’établi par le Plan urbanistique Prost, le Maârif,

                                                                           du nom de la tribu berbère des Maâroufis, dont c’était le fief, fut dès ses

                                                                           premiers peuplements une commune à part. Son surnom ? Chicago.
                                                                           Ses habitants ? Un melting-pot d’origines diverses et variées constitué
                                                                           à majorité d’Espagnols, d’Italiens, mais aussi de Grecs, de Portugais,
                                                                           d’Arméniens, de ressortissants des pays de l’Est et de… Marocains,
                                                                           juifs et musulmans. Partout ailleurs au Maroc et dans les colonies, la
                                                                           règle était à la ségrégation stricte entre Européens et indigènes. Mais
                                                                           voilà, en ces temps où les pays du sud de l’Europe n’étaient que misère
                                                                           et guerre civile, un prolétaire andalou ou italien ne valait pas mieux aux
                                                                           yeux de la puissance française qu’un autochtone. Et c’est ainsi que
                                                                           naquit une véritable « Little America » qui, à l’échelle d’une commune,
                                                                           grandit et prospéra pour atteindre en 1966 l’incroyable chiffre recensé
                                                                           de 44.000 Maârifiens. Retour sur l’histoire d’un des quartiers les plus

                                 Photos : Collection M.Tangi                          emblématiques de l’âme casablancaise.

                                                                                                 Juillet   2010    VH magazine   79
   59   60   61   62   63   64   65   66   67   68   69