Page 66 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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Logo du MAS (Maarif
Association Salésienne).
Berth Gilavert dans son garage du Maârif, rue Pelvoux.
Famille espagnole du Maârif dans les années 40.
CASABLANCA L’ANDALOUSE
La journée touche à sa fi n. Le public, repu Italiens, très actifs dans le bâtiment et les travaux Confi rmant les dires de Madame Gilavert, Si
des émotions fortes propres au spectacle de publics, ils vaudront au quartier le surnom de Haddaoui, un autre ancien du Maârif, ajoute
tauromachie, quitte le stade et converge vers « Petite Sicile ». que « le quartier, à cette époque, était un peu la
ses habitations. Les festivités ne sont pas pour « C’était une époque bénie des dieux », se place de l’Etoile marocaine avec ses rues qui,
autant terminées. En bons Andalous qu’ils sont, souvient Berthe Gilavert, l’une des dernières venant des quatre coins de la ville, menaient vers
les Maârifi ens ont pour habitude de se lever Européennes du Maârif à toujours y vivre et ce, d’autres quartiers. Le Maârif était ouvert à tous
tard et de se coucher tard, avec un traditionnelle après avoir repris le garage familial à la mort de sans exception. Certains le critiquaient, mais ils
« siesta » durant l’après-midi. Le quartier s’éveille son mari, il y a deux ans de cela. La plupart des aimaient bien y venir car il était accueillant. La
ainsi au coucher du soleil. Dès lors, on se croit autres ont été obligés, à l’indépendance, lors de joie de vivre y régnait. La gentillesse des gens
à Séville ou Grenade. Le soir, les promeneurs la vague de « marocanisation », de s’exiler qui en était exemplaire ». Et Haddaoui de conclure que :
remplissent les trottoirs et les terrasses de cafés Europe, qui en Amérique. « C’était un quartier « ce quartier où vivaient de nombreuses familles
sont bondées. très familial et bon enfant. Le matin, on sortait de nationalités et de confessions religieuses
Les habitants sont souvent occupés par les les chaises et tout le monde s’asseyait devant différentes, c’était l’Europe et ses alliés à petite
matchs de quartier. Les équipes de l’époque la porte des maisons. Quand une histoire était échelle, mais chacun respectait l’autre car nous
s’appellent l’Atlas, le Tajarapis, Canigou, le Galia racontée à un bout de la rue, elle était répercutée étions tous, de cœur et d’âme, Maârifi ens ».
Sport Maârifi en. Les joueurs portent les noms de perron en perron jusqu’à arriver à l’autre bout L’hidalgo du Maârif, le modérateur du site
de Samartano, Vazquez, Perez, Laumier.… Pour de la rue », se remémore cette veuve qui, à l’image Internet des anciens du Maârif, le M.A.S. (Maârif
autant, on ne peut pas dire que les Maârifi ens de l’histoire de son quartier, parle couramment Association Salésienne) qui, grâce à ce lien,
vivent en dilettante. Bien au contraire. Pauvres français, espagnol et arabe. Et Madame Gilavert permet de garder le contact dans le monde
en éducation, mais riches en courage et en de nous chanter une valse de l’époque gorgée de entier, rappelle que : « Le Maârif était le seul
esprit d’entreprise, les Espagnols et les Italiens soleil et de nostalgie : « Casablanca l’éblouissante, lieu à Casablanca où les Marocains pouvaient
valorisent leur savoir-faire et dominent parmi soleil ciel bleu de tous les jours, c’est avec joie fréquenter tous les lieux, bars, cinémas et
les petits entrepreneurs et ouvriers du bâtiment. que mon cœur chante, la poésie de mes amours. magasins sans discrimination raciale. Tous les
Les Espagnols, qui forment à cette époque la Casablanca, perle d’Afrique, tu m’as donné tant Européens parlaient couramment l’arabe. Ce
population étrangère la plus nombreuse après de bonheur. Qu’en ton honneur, cette musique, j’ai n’était pas le cas ailleurs. Allez voir au centre ville,
les Français, jouent un rôle important dans la composée avec mon cœur. Casablanca de mes on chassait les Arabes comme des chiens. Je
ville. Spécialisés dans le bâtiment, la pêche ou amours, ce soir, je chante par les ondes, pour mon me souviens d’un barman du café Excelsior qui
la réparation automobile, beaucoup d’entre eux pays, pour mes amis, ma chanson fait le tour du interdisait même aux Arabes de passer devant la
savent se rendre indispensables. Quant aux monde. » terrasse de son café. »
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