Page 69 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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NOTRE ÉPOQUE  I I  Nostalgie


                                                           Eglise du Maârif.
















                    Eglise du Sacré-Coeur.


                                                          LES SOCIÉTÉS DE BIENFAISANCE
                                                          ET LES ORDRES RELIGIEUX DU MAÂRIF

                                                          Mais malgré l’entraide qui soudait le quartier, l’extrême misère régnait : « Avec la guerre, nous
                                                          avons vécu le rationnement. Le pain était de si mauvaise composition qu’il donnait de l’urticaire
                                                          aux enfants », se souvient Madame Gilabert. La pauvreté de certains habitants du quartier pousse
                                                          des sociétés de bienfaisance et des ordres religieux à créer de nombreux établissements scolaires
                                                          et d’aides sociales (Goutte de Lait, hospices…). Ces associations philanthropiques laisseront
                                                          derrière elles des bâtiments encore existants aujourd’hui. Les écoles sont d´abord construites en
                                                          bois. L’école des « Babalouches » (babouch : escargot), derrière l´église, est remplacée par l´école
                                                          du Maârif, rue Fabre d´Eglantine. Elle est ensuite réinstallée sur le terrain de l´école d’origine. L´école
                                                          Dominique Savio, tenue par les Salésiens, est parrainée par Madame la Maréchale Lyautey. Idriss
                                                          El Khoury (ancien écolier de Derb Ghallef) écrit à juste titre que lors des années 40, « le Maârif ne
                                                          fut jamais un quartier fermé ou gardé par de redoutables policiers armés. Il était ouvert à tous, sans
                                                          exception ; et ce, contrairement aux quartiers résidentiels de la bourgeoisie ».
                 LES FÊTES RELIGIEUSES DU MAÂRIF                         jour de la Sainte-Marie, était un jour béni. La statue de la Vierge ‘Notre
                 L´église du Maârif est édifi ée entre 1917 et 1918 par les Pères de la Mission   Dame de Trapani’ était sortie de l’église et posée sur un socle. Celui-ci était
                 franciscaine. Elle est bâtie par le père Bonaventure Cordonnier. La population   soutenu par quatre pieds en bois carrés et on mettait quatre rallonges aux
                 du quartier est à 90% catholique et beaucoup sont pratiquants. Les fêtes   extrémités. La statue était portée par plusieurs personnes habillées en blanc
                 religieuses sont célébrées en grande pompe.                             avec une cravate bleu ciel nouée autour du cou. On
                 Les feux de la Saint-Jean (forte population                             lui faisait faire le tour du Maârif, précédés du curé
                 d´origine d’Alicante) et les Processions du 15            Notre-Dame    de la paroisse et des enfants de choeur. Suivaient,
                                                                           de Trapani.
                 Août pour Notre-Dame de Trapani (population                             des centaines de personnes, ainsi que les jeunes
                 sicilienne) sont des rituels incontournables. Ils                       communiantes. Bien des gens faisaient des vœux. À
                 sont l’occasion de grandes festivités dans les                          cet effet, ils disposaient sur la Vierge des bracelets,
                 rues. Certains se souviennent des marmites                              des chaînes, des médailles en or, et autres. On
                 de fèves au cumin, des chants des grandes                               voyait les gens suivre pieds nus, des handicapés en
                 processions  où  l´on  sortait  la  Vierge  avec                        attente d’un miracle… Cette procession était peut-
                 clairons et fanfares… À ce sujet, l’un des                              être ce qu’il y avait de plus beau et de plus émouvant
                 internautes inscrit sur le site du  M.A.S. sous le                      dans notre quartier. D’autant plus que le soir, place
                 pseudonyme « Maârif 13 » rappelle que la Saint-                         de l’église, rue du Jura, avec des bougies allumées à
                 Jean, qui a lieu le 24 juin, « était tout un art. Il                    la main, des gens chantaient l’Avé Maria, tandis que
                 fallait aller chercher les fagots que l’on attachait                    dans le ciel, des feux d’artifi ces illuminaient tous le
                 et en avant ! On traînait ça avec une corde mise                        quartier ». Des témoignages de la sorte, il en existe
                 sur l’épaule. Il fallait parfois se relayer car on                      des centaines  sur le site Internet du M.A.S. Tous
                 allait les chercher loin, ces fagots… Le 23 au                          évoquent les scènes quotidiennes de ce paradis
                 soir, on faisait un gros tas de fagots auquel on                        perdu avec beaucoup d’émotion et de nostalgie.
                 mettait le feu et l’on s’amusait à sauter à travers
                 ce feu. Je ne vous dis pas l’état des poils et                          Communiantes du Maârif.
                 des cheveux en sautant à travers les fl ammes
                 ! Ça sentait le poulet ‘cramé’ ! Chaque rue devenait une fête de village,
                 certains jouaient de l’accordéon, d’autres de la trompette, de la clarinette,
                 ou de l’harmonica... Nous dansions au son des instruments de musique, et
                 nos amis Tino et autres poussaient la chansonnette. Quelle belle fête que
                 celle de la Saint-Jean ! » L’internaute continue l’évocation de ses souvenirs
                 et c’est bien sûr la fête du 15 août qui est la plus mémorable : « Le 15 août,



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