Page 68 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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Eglise du Maârif.

                                                      Pour convivial qu’il était, le Maârif n’était pas, pour   ces logements révèlent les origines ibériques et
                                                      autant, un des quartiers les plus salubres. En   méditerranéennes des résidents. « Les décors
                                                      effet, à ce sujet, Jean Marc écrit en 1930 dans   mêlent des angelots, des grappes de raisin, des
                                                      « L’Oeuvre française au Maroc : Casablanca la   guirlandes. »
                                                      nouvelle » : « Dans un ravin au sol imperméable,   Mais dans ce nouveau quartier populaire, on
                                                      les eaux de pluie séjournent de longs mois. Si   trouve également les lieux de vie de la population.
                                                      l’eau manque au Maroc, ce n’est certes pas   L’ambiance y est extrêmement chaleureuse. De
                                                      au Maârif, la ‘Venise casablancaise’, où l’on se   nombreux ateliers d’artisans cohabitent avec les
                                                      déplace en bottes d’égoutier dans des rues   entrepôts, les cafés, les écoles, les dispensaires…
                                                      auxquelles l’administration, par une charmante   Les commerces sont regroupés sur quelques rues.
                                                      ironie, a donné des noms de montagnes : Mont   C’est la belle époque du quartier. Les habitants
                                                      Blanc, Mont Cenis, Mont Cinto… » Madame   ont un réel sentiment d’appartenance à une

                                                      Gilavert se souvient à ce sujet que, lorsque les   communauté. Ils se sentent d’abord « Maârifiens »
                                                      Américains débarquent à Casablanca, c’est en   avant d’être Casablancais et créent même un journal
                                                      péniche qu’ils sillonnent le Maârif, proposant aux   local. Madame Gilabert se souvient qu’à l’époque, la
                                                      enfants de monter faire un tour à bord de leurs   jeunesse du Maârif était très solidaire : « Nous étions
                                                      embarcations. Il y avait aussi une gigantesque   très enthousiastes et très unis. Une nana du Maârif, il
                                                      « Daya » où tous les enfants allaient nager en été,   ne fallait pas se moquer d’elle ! Ils étaient toujours là
                                                      au risque de contracter la typhoïde à cause des   comme des frères, les jeunes, à nous défendre. Pour
                                                      moustiques qui infestaient l’eau. L’ensemble de   les Américains, c’était différent. Ils étaient loin de leur
                                                      fermes entourées de champs qui constituaient   pays. Et quand ils se promenaient dans les rues, les

                                                      initialement la commune du Maârif n’ayant pas   filles leur lançaient un : ‘Touche, touche. One dollar !’.
                                                      été incorporée au plan urbanistique, le tracé   Ça c’était quand ils lui touchaient le bras ! » (Rires).
                                                      de ces quartiers, basé sur un quadrillage trop
                                                      rigoureux, ne tolérait aucun espace public. Les
                                                      terrains ne comportaient pas de voirie. Les rues,   Un camp de concentration
                                                      tracées en damier, n’avaient ni eau ni lumière.
                                                      Dès 1916, l’assainissement de ce nouveau   au Maârif
                                                      quartier devient nécessaire. Le Maârif est un
                                                      marais insalubre. Et faire des égouts avec une   Durant la guerre, un camp de concentration
                                                      nappe phréatique si peu profonde est hors   pour prisonniers italiens est installé au
                                                      de prix. Le Maârif fait donc, à lui seul, l’objet   Maârif, entre les boulevards d’Anfa et Camille
                                                      d’un plan d’urbanisme et d’assainissement. Et   Desmoulins, à l’emplacement des Arènes
                                                      paradoxalement, c’est en pleine crise fi nancière   (Plaza de toros). Un témoin raconte que « le
                                                      mondiale (1929) que la construction du quartier   camp se composait de baraques en bois,

                                                      prend un grand essor. Ainsi, entre 1927 et 1933,   avec du fil de fer barbelé tout autour, et des
                                                      le Maârif avait déjà son aspect actuel.  Sénégalais prêts à tirer en cas d’évasion. Les
                                                      L’historienne et journaliste, Bouchra Bensaber   prisonniers internés dans ce camps en 1943
                                                      écrit à ce sujet que : « L’architecture des   et 1944 n’étaient pas tous fascistes, mais en
                                                      habitations se partage entre maison dite   1941 et 1942, les autorités françaises avaient
                                                      ‘algérienne’ formée d’un rez-de-chaussée,   été narguées plus d’une fois par les Italiens
                                                      surplombée d’une terrasse avec un garde-corps   qui, en vainqueurs, avaient manifesté avec

                                                      ajouré. Des petites chambres donnent à l’arrière,   des défilés de ‘chemises noires’ et des chants
                                                      sur une cour, identique au patio des maisons   fascistes comme Jovenéza et l’Abyssinia etc. »
                                                      marocaines ou espagnoles. Ces maisons   « Certains habitants du Maârif, poursuit le
                                                      sont souvent construites sans architecte, par   témoin, avaient des parents dans ce camp à
                                                      des entrepreneurs. Dès 1925, ces petites   qui ils passaient des aliments avec solidarité
                                                      maisons à rez-de-chaussée sont surélevées.   et sympathie. C’était un véritable drame pour
                                                      Elles se transforment en immeubles de deux,   les familles touchées. »
                                                      trois ou quatre étages, puis en pavillons. » Tous

                                                                                                 Juillet   2010    VH magazine   83
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