Page 76 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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NOTRE ÉPOQUE I I Nostalgie
poubelles que avons offertes gracieusement aux
commerces, à charge pour eux de veiller à ce
qu’elles ne soient pas détériorées », nous explique
Si Mohamed. « Nous avons aussi un atelier de
photographie dont les œuvres ont fait l’objet d’une
exposition. Lorsque le fl ux des élèves du Maârif
sort des écoles, c’est vers ici qu’ils convergent et
ça, c’est notre plus grande réussite. On a aussi
des femmes de 60 ans qui ont souhaité avoir un
atelier de couture. Chose que nous avons aussi
pu mettre en place », se félicite-t-il à juste titre.
Pour que la rue du Jura redevienne
carrossable
L’idée étant de créer une relation entre l’œuvre
et le quartier, les organisateurs ont repris, par
exemple, le tag d’un crâne de mort peint sur le
mur en face de la porte de la cathédrale et en ont
fait le portrait d’un visage de femme symbolisant
l’amour et le renouveau. Et c’est ainsi que, par
un samedi ensoleillé du mois de mai, les ateliers
associatifs se sont traduit par des manifestations
auxquelles le tout Maârif a participé, à commencer
par la « Course des fumeurs » (Kayn chi souffl e)
sur 5 km, dont le départ a été donné à 8h et qui
a connu une forte affl uence. Une course, non
pas pour la compétition, mais bien pour « courir et
marcher ensemble ». Il y eut ensuite l’exposition
de stands d’associations rue du Jura, avec des
pour les habitants du quartier, « 3ndna FlMaârif », message - diffi cile à faire passer au demeurant spectacles de jonglage, des concerts et une
autrement dit « Chez nous au Maârif ». Pensée -, celui de l’hygiène de vie, on leur a proposé un résidence musicale unissant jeunes du quartier
comme une première pierre dans la reconstruction divertissement à la clé. Ça a bien fonctionné. et musiciens (Mahmoud Bassou de Ganga Vibes,
de l’édifice social du quartier, l’opération a été un On a aussi eu un enfant de la rue que l’on a Haoussa). Et pour fi nir, les jeunes formations de
franc succès, dépassant toutes les espérances de carrément adopté et à qui on a trouvé un boulot rap du quartier ont eu l’occasion de se produire
ses organisateurs. « Pourtant, au début, lorsqu’on à plein temps : la gestion des barrières du sur scène, tandis que les photographes ont pu
a commencé à faire appel à des talents, on n’avait complexe ». exposer au public leurs photos réalisées lors de
aucun retour de la part de la population. Très Toutes ces initiatives participatives ont créé une l’atelier.
peu de jeunes sont venus s’inscrire, remarque dynamique par laquelle des gens du quartier Heureux d’avoir pu créer une dynamique qui s’est
Si Mohammed. À la rigueur, quelques-uns sont qui ne s’étaient jamais adressé la parole se avérée être un pari gagnant au vu du nombre
venus en spectateurs, mais personne n’osait sont rencontrés, ont échangé et partagé. Leur de personnes ayant assisté à cette journée en
franchir la barrière. Dès qu’on les a invités à point de ralliement a été le complexe culturel l’honneur du Maârif, les organisateurs souhaitent
toucher la peinture avec un pinceau, à s’essayer Mohamed ZafZaf, l’ancienne cathédrale pérenniser l’expérience afi n que le quartier en
à un instrument de musique, on a commencé à principale du Maârif, dont les locaux se sont profi te et devienne véritablement un lieu de vie
remarquer un réel changement. » prêtés à merveille à l’organisation des différents et d’épanouissement. Cela passerait d’abord par
Espace d’expression qui va permettre aux jeunes ateliers et workshops : photographie, théâtre, une réaménagement de la rue piétonne, afi n de
du quartier de se réconcilier avec leur patrimoine vidéo, sculpture, customisation de poubelles, la rendre de nouveau carrossable et par plus de
culturel, « Chez nous au Maârif » a pour but de magie, graffi ti... « Nous avons, par exemple, moyens octroyés aux associations culturelles et
permettre aux habitants de se réapproprier leur organisé un atelier de customisation de sportives du quartier.
espace de vie. C’est ainsi qu’au mois d’octobre
dernier, des ateliers ont été mis en place afi n
d’apprendre aux inscrits une activité culturelle.
Que ce soit la peinture, la musique, la sculpture
ou la danse contemporaine, tous les inscrits
n’avaient pour seules contraintes que celles de
respecter la discipline et de présenter à temps
une oeuvre dans l’une des activités choisies lors
de l’événement prévu pour le mois de mai. « Des
jeunes qui fumaient des joints à longueur de
journées et perturbaient le quartier sont venus
s’inscrire aux ateliers ou sont devenus membres
du service de sécurité », précise Si Mohamed
qui ajoute : « En ce qui les concerne, on a
adopté la méthode ‘Sim fi al fen’ (le poison dans
l’art). C’est-à-dire que, pour leur faire passer un
Oeuvres des jeunes des ateliers photos du Maârif
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