Page 74 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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NOTRE ÉPOQUE I I Nostalgie
« CHEZ NOUS AU MAÂRIF »
UN QUARTIER
QUI RENAÎT DE
SES CENDRES
GRÂCE AU RÉSEAU ASSOCIATIF ET À LA BONNE VOLONTÉ D’ÉLUS LOCAUX, LE QUARTIER
TENTE DE RENOUER LE LIEN SOCIAL QUI LUI MANQUAIT TANT.
Mohamed Smiyej, acteur associatif.
Au-delà des franchises de prestige du type Zara, L’âge d’or du Mâarif
Mango et autres Lacoste, le Maârif est un quartier « Je suis né en 1966, poursuit-il. J’ai donc
qui vit un véritable malaise social. Désoeuvrement connu, tout jeune, les années glorieuses du
et délinquance frappent de plein fouet sa Maârif, du temps où ce quartier était à forte
jeunesse. Une situation qui, contrairement aux population espagnole et italienne. J’ai connu
autres communes de Casablanca telles que Sidi la distribution des journaux, la place mythique
Moumen ou Hay Mohammedi, ne figure pas sur du Jura avec ses commerces, ses lieux de
la liste des priorités des responsables, puisque le cultes, ses lieux de vie, ses quatre cinémas
quartier est considéré comme aisé. Pourtant, si etc. Il y régnait une ambiance chaleureuse et
l’on prend la peine d’aller faire un tour, une fois la familiale. Durant les années 70, ce quartier est
nuit tombée et les commerces fermés, du côté de devenu celui de l’intelligentsia de Casablanca.
rues telles que celle du Jura, autrefois fi erté du Tous les intellectuels, les universitaires et autres
quartier, on comprend pourquoi des élus locaux et professeurs y vivaient, ainsi que des musiciens,
des acteurs sociaux tirent aujourd’hui la sonnette dont les Golden Hands qui y avaient leur studio
d’alarme. C’est le cas de Mourchide Abdessadek, de répétition. Mohamed ZafZaf habitait rue
le vice-président de l’arrondissement, qui nous d’Esterel. Ahmed Joumani, le grand poète, vivait
reçoit pour nous parler de ce quartier qui lui tient rue du Mont-Blanc. Beaucoup de journalistes
tant à cœur : « Je suis un pur produit du Maârif. aussi. Le café La Presse était d’ailleurs leur
J’y ai effectué tout mon cursus scolaire. J’ai été à QG. Puis, à partir de la fi n des années 70, j’ai
la crèche Nahda, à l’école Tabari, au collège Ben vécu la dégradation du quartier. Prenez la rue
Habbous, en terminant par le lycée Moulay Driss, du Jura qui, jusqu’en 1983, était carrossable.
le plus proche du Maârif ». L’intention était peut-être louable lorsqu’on
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