Page 72 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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LA DIASPORA MAÂRIFIENNE DANS LE MONDE


                                                                                « Toi tu iras en Amérique, toi tu iras au Canada, toi tu iras en
                                                                                Espagne, toi tu iras à Tahiti (moi par exemple ! Ce que je n’aurai
                      Dernier bal au cercle des Italiens (Décembre 1966).       jamais cru... et pourtant !). Et qui sait ce qui nous attend enco-
                                                                                re ! » C’est ainsi qu’un des membres de l’association des anciens
                                                                                du Maârif résume le sentiment général des Maârifi ens qui durent
                                                                                plier bagage du jour au lendemain et quitter leur quartier et leur
                                                                                pays sans se retourner. Une cinquantaine d’années après le
                                                                                drame du déchirement, les Maârifi ens gardent encore vivaces
                                                                                dans leur cœur les souvenirs de leur enfance au Maroc et en
                                                                                entretiennent la fl amme. Deux sites Internet créés à cet effet par la
                                                                                communauté sont la preuve de l’extraordinaire vitalité du souvenir
                                                                                qui lie les Maârifi ens : le lien du père Aubert Lucien et le Livre d’or
                                                                                du Maârif. Nous publions quelques-uns des témoignages de ces
                                                                                Maârifi ens qui, jeunes à l’époque, le samedi après un mariage ou
                                                                                un baptême, allaient jouer aux boules au club de l’A.S. Pelvoux,
                                                                                avenue Jean Courtin (actuel Brahim Roudani), ou se réunissaient
                                                                                à la Cigale, au Sahara ou au Majestic pour partager ces moments
                                                                                de joie et d’insouciance d’une époque révolue.




                   JEAN RENO, UN FILS DU MAÂRIF


                  L’acteur français, de son vrai nom, Juan Moreno Herrera y Rimenes, est
                  né au Maârif en 1948. Dans « Jean Reno », sa biographie écrite par
                  Pascal Parillaud, il revient sur ses premières années d’enfant né dans
                  une famille castillane du Maârif. Extraits : « Alors, avec deux valises, sans
                  un sou et sans parler un mot de français, ils débarquent au Maroc… Et
                  voilà comment on se retrouve andalou de sang, français de cœur et né
                  à Casablanca… À Casa, l’été est terrible. L’après-midi, il vide les rues, les
                  places, les terrasses de cafés. Faut être un ‘Patos’ pour bouger un petit
                  doigt et encore, après trois mois de Maroc, ils ont compris. Mais dans
                  le quartier du Maârif, il n’y a que des Marocains, des Espagnols et des
                  Français ‘d’ici’, réunis dans leur culture commune : la sieste ! (…) Après
                  quelques années de galère, mon père a réussi à devenir linotypiste au
                  Petit Marocain, un journal français. Ce qui n’est pas mal pour un monsieur
                  qui mélange sans complexe le français, l’arabe et l’espagnol. Il part au
                  journal en fi n d’après-midi, termine le bouclage aux alentours de minuit
                  et s’en va jouer aux dominos avec ses amis,
                  tous espagnols. Après avoir, chaque nuit, refait
                  le monde et particulièrement l’Espagne, il rentre
                  à la maison, grignote un morceau et se couche
                  quand le soleil se lève. Réglé comme une horloge,
                  il se réveille tous les jours à une heure et demie,
                  quand tout le monde commence la sieste. Toute
                  la famille paralysée, muette, s’applique à respecter
                  un silence de couvre-feu. Alors, essayer de jouer
                  dans des conditions pareilles, c’est l’enfer… Alors,
                  rapidement, comme tous les mômes du quartier,
                  mon domaine, c’est la rue. Pas les grandes et
                  larges avenues bordées de palmiers. Notre rue à
                  nous, les mômes, les voitures ne s’y risquent pas :
                  elle est étroite et dégringole en pente raide vers la
                  mer. Fournaise éclatante à midi, oasis de fraîcheur   Jean Reno enfant, au Maârif.
                  en fi n de jour, en tout cas, un fantastique terrain de  e
                  jeux. J’aime la rue et je l’aime toujours. Quand on a ‘le sirop de la rue’ dans
                                                       ‘l
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                  le sang, on ne l’oublie jamais. Les matchs de foot, les premiers coups de
                  poing et, plus tard, les premières fi lles, mais surtout les copains, la bande.
                  Tout cela, c’est dans la rue qu’on l’apprend, pas au Couvent des Oiseaux. »
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