Page 70 - VH Magazine N°89 - Juillet 2010
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Brasserie la Presse, 1938
Un mariage au Maârif.
Terminus TAC n°7, Bd Jean Courtin (B.Roudani).
Rue du Jura dans les années 50.
EXTRAIT DES SOUVENIRS DE
LES LIEUX DE VIE DU MAÂRIF L’HIDALGO DU MAÂRIF
Gaie, joviale et enjouée, l’ambiance du quartier même les murs ». Marcel Cerdan, puisque c’est « …Toujours en remontant, Le Majestic, il y a Le
pourrait se résumer par cette blague que les de lui qu’il s’agit, bien qu’ayant grandi dans le Canigou, géré par Marcel S.., grand joueur de
gens du Maârif aimaient à se raconter. « Un quartier voisin, Cuba, s’entraînait effectivement football (Marcel et sa Floride blanche). Je me
macho typique du Maârif épouse une très belle dans une salle de sport du Maârif. Celle de souviens, au Majestic, pendant la période du
femme. Juste après le mariage, il lui explique le Lucien Rouppe, un entraîneur mécanicien qui tour de France, les résultats étaient affi chés sur
règlement intérieur : ‘Je serai à la maison quand avait aménagé une salle de sport au-dessus un tableau noir et nous allions les consulter
je le voudrai bien. Je veux un bon dîner sur la de son garage. Marcel Cerdan, marqué par pour lire les arrivées d’étapes. Venait ensuite Le
table à moins que je téléphone pour dire que le cosmopolitisme du Maârif dira à son sujet : Palmier, où des bals le samedi soir avaient lieu,
je ne serai pas là. J’irai à la chasse, la pêche, « La mer était toute proche et les pêcheurs ainsi que des championnats de lutte. Le Palmier
me saoulerai, jouerai aux cartes avec mes étaient nos amis et nos voisins. J’ai côtoyé là, devait plus tard changer de nom pour s’appeler
copains et ne veux pas d’histoires à ce sujet. indistinctement, les Arabes et les Espagnols ». Le Sahara, qui est aujourd’hui une banque. Face
Est-ce qu’il y a des commentaires ?’ - Cela me Plus tard, l’écrivain Mohammed Zaf-Zaf (dont au Palmier, La Presse (rue du Jura). Ce café est
convient bien, répond la nouvelle épouse. Je le nom a été donné, à sa mort, au complexe toujours populaire et on y mange bien. La Presse
veux seulement que tu saches qu’il y aura du culturel du Maârif) qui vécu 30 ans au Maârif, était le rendez-vous des journalistes et de bien
sexe à 19 heures, tous les soirs, que tu sois là regrettera l’ambiance qui y régnait quand les d’autres gens connus. Le soir, après le cinéma ou
ou pas. » Italiens et les Espagnols y vivaient encore. Le le bal, de bonnes pâtes à la sauce attendaient les
La blague, pour drôle qu’elle soit, en dit long journaliste Idriss El Khoury évoque lui aussi noctambules, prêtes à être dégustées. Rue des
sur l’esprit de ce village gaulois, espagnol avec nostalgie les cinémas (Familia, Rex, Alpes, il y avait Chez Michel. Arrivé rue d’Annam,
ou italien niché en plein cœur du Maroc. Mondial, Monte-Carlo) qui ont disparu et le le Bar Apollon. Alors là, mes amis, on y dégustait
L’un des membres du site du M.A.S, dont le Café La Presse qui rassemblait les hauts une ‘kémia’ digne des plus grandes bodegas
pseudonyme est « Maârif 10 », rappelle qu’en fonctionnaires, les instituteurs, les professeurs, d’Espagne ! Ce poisson, quel régal ! On en a
matière de cafés, le quartier était servi. « Sur les patrons d’entreprise, les journalistes encore le goût à la bouche, et tout ça, préparé
le boulevard Danton, il y avait le Val Fleuri ; rue sportifs... Il regrette ces Espagnols très simples par la main de maître de la maman de mon
des Alpes Le Petit Vin Blanc » ; boulevard Jean dans leur vie quotidienne et qui, au moment du copain Séraphin. Quelle gentille femme, et un
Courtin, Le Terminus, dont le nom coïncidait crépuscule, sortaient leurs chaises devant leur amour de maman ! En face, Le Bar de l’Univers.
avec le terminus du trolley n°7. Sur le même maison et conversaient. « Le voici (le Maârif) Les deux cafés étaient si proches qu’un mariage
trottoir, il y avait le Café central, géré par deux qui émet son râle d’agonie, malgré les fards est né entre les enfants, Georges et Sylvia, mes
sœurs. À ce sujet, Maârif 10 raconte : « Il en grossiers qui souillent son visage. » Le Maârif deux amis. En remontant vers Joffre, Le Fandango
est passé des champions dans ce café, à fut aussi l’un des berceaux du mouvement et Le Tonnelet, où de succulents escargots en
commencer par notre champion du monde ouvrier casablancais. On l’appelait, à juste titre, sauce nous attendaient. »
de boxe. Celui qui, par son sourire, égayait la « Commune libre du Maârif ».
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